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Ukraine : "Poutine ne sortira pas vainqueur" (Boris Akounine)

Louis Mallié - 03.03.2014

Edition - International - Boris Akounine - Vladimir Poutine - Ukraine


L'opposition face à la perspective d'une intervention militaire ne s'est pas seulement fait entendre en Ukraine. Euronews a interrogé l'écrivain Boris Akounine, alors qu'une quarantaine de contestataires ont été interpellés, à l'occasion d'une manifestation qui se déroulait dans la capitale russe. Les manifestants clamaient des slogans anti-Poutine, déplorant l'ingérence de la Russie dans cette affaire, de même que le comportement meurtrier du président.

 

 

 

Boris Akounine (Pavel Samokhvalov, CC BY-SA 2.0)

 

 

 « Je ressens de l'horreur devant ce scénario insensé que Vladimir Poutine nous lance à la figure. Et non seulement il risque d'entraîner nos deux pays frères dans un conflit sanglant, mais je pense que notre pays devra payer le prix fort pour se sortir de la situation qu'il a créée. C'est une histoire aussi vieille que le monde : en menant une petite guerre sur des airs nationalistes, il veut étouffer l'opposition. Mais je pense qu'il n'en sortira pas victorieux » déclare Boris Akounine, figure de proue de l'opposition au président russe.

 

En pleine crise internationale, la réaction de l'écrivain s'inscrit dans une longue liste de contestation des auteurs face au régime. En novembre 2013, Boris Akounine avait déjà fait partie des nombreux hommes de lettres qui avaient refusé de participer à la réunion censée se dérouler en présence du président Vladimir Poutine pour décider de l'avenir du livre en Russie. Une mesure interprétée comme une tentative d'accroître la mainmise sur le monde littéraire. 

 

 « Tant qu'il y a dans le pays des prisonniers politiques, je ne peux pas me trouver à proximité du dirigeant, dans la même pièce que lui. Je discuterai avec plaisir avec Poutine de littérature et de lecture une fois que tous les prisonniers politiques seront libérés » s'était-il justifié, à l'époque.

 

L'ensemble des contestataires avait accusé le régime de vouloir recréer une « Union des écrivains soviétiques » en vue de faire de la littérature un large outil de propagande et de réduire la possibilité de dissension au sein du régime.

  

La prise de position de Boris Akounine répond également au souhait qu'avait exprimé la pétition anti-Poutine signée en 2012 par plus de 200 auteurs issus de tous pays : « Une démocratie saine doit écouter les voix indépendantes de tous ses citoyens. La communauté internationale a besoin d'entendre et de s'enrichir de la diversité des opinions russes » écrivaient-ils. 

 

Pour autant, si son propos permet de montrer à la communauté internationale que le monde littéraire russophone demeure un bastion garant des droits de l'homme en Russie, son impact politique est à relativiser :  « Je ne crois pas actuellement au dialogue avec le pouvoir en place » avait déclaré Dmitri Bykov , autre écrivain qui avait aussi refusé de participer à la réunion avec Poutine en 2013.