Un 12 août de rêve pour les livres québécois - et leurs auteurs

Nicolas Gary - 23.08.2014

Edition - International - livre québécois - journée 12 août - Québec lecture


La journée du livre québécois a manifestement été un succès tant de communication que de sensibilisation. Ce 12 août, deux auteurs, Amélie Dubé et Patrice Cazeault, avaient invité tout le Québec à acheter des ouvrages d'auteurs locaux. La nécessité de mettre en valeur les auteurs passait par une journée de mobilisation à l'échelle de la Belle Province. 

 

Bach illustrations (Estelle Bachelard)

 

 

Selon les données livrées par Le Devoir, les ventes de livres québécois ont connu une hausse de 47 % et les ventes globales ont été poussées de 27 %, tous secteurs confondus. C'est la Banque de titre de langue française, BTLF, qui s'est chargé de mesurer les données en comparant les ventes des quatre semaines passées, le mardi.

 

Dans le détail, on assiste à une croissance de 103 % des ventes de littérature québécoise, et de 42 % pour la bande dessinée du Québec. Un fort contraste, alors que cette période du mois d'août est toujours poussée, dans les librairies et points de vente, par le marché du livre scolaire. 

 

Deux observations s'imposent toutefois. La première reste que la vente de livres, au global, a perdu 10 % de chiffre d'affaires, soit 20 millions de recul par rapport à l'année passée, sur la même période. Et que la librairie reste la première à en souffrir, avec 15 millions $ de recul.

 

Le second point, est que la période d'août, si elle n'est justement pas dédiée aux achats de livres de littérature, n'en reste pas mois une période creuse. Il faudrait, pour obtenir des résultats probants, que l'on puisse effectuer des comparaisons plus pertinentes — quoique ces données n'en diminuent pas moins l'impact de la campagne. 

 

"Il faut que ça reste un appel des auteurs à leurs lecteurs"

 

Patrice Cazeault, joint par ActuaLitté, effectue le même constat : « Au-delà du succès de la journée, les gens ne demandent qu'à découvrir la littérature d'ici. Il suffit de leur en donner l'occasion. » Le 12 août sera donc une opération reconduite, et certainement plus en collaboration avec les libraires indépendants. « Je ne m'attendais pas à une réponse aussi rapide [de leur part]. Dans le milieu, on a tendance à les décrire comme étant déconnectées du marché, lentes à réagir au changement, aux nouvelles réalités technologiques. Comme l'événement était porté par les réseaux sociaux, je ne m'attendais pas à les voir s'impliquer aussi rapidement », nous assure Patrice Cazeault.

 

Plusieurs établissements ont été originellement contactés par les participants inscrits sur la page du groupe Facebook, « mais elles ont ensuite rejoint l'événement pour annoncer d'elles-mêmes comment elles allaient soutenir le “12 août”. En comparaison, les grandes chaînes se sont jointes en catimini, à la toute dernière seconde. »

 

L'an prochain, l'appel du 12 août en faveur des livres québécois risque de ne pas jouir de la même fraîcheur, mais « aucune modification importante ne sera apportée à l'événement. Un caractère trop organisé aurait tendance à freiner l'élan sur les réseaux sociaux. Il faut que ça reste un appel des auteurs à leurs lecteurs. »

 

Quant à l'engouement lui-même, il se justifie « parce que l'initiative provenait de la base. Lancée par des auteurs, les lecteurs se la sont rapidement réappropriée ». Peut-être attendra-t-on, de la part des organisations professionnelles « leur soutien et leur aide au niveau de la diffusion ». Mais pour ce qui est du gouvernement « je n'en attends jamais grand-chose ». Rendez-vous en 2015...