Un 2 décembre, le divin marquis de Sade expirait

Julien Helmlinger - 02.12.2013

Edition - International - Sade - Décès - Anniversaire


Le 2 décembre 1814, soit il y a près de deux siècles, décédait le sulfureux Donatien Alphonse François de Sade, que l'on aura surnommé plus tard le « divin marquis » en référence au précurseur du registre érotique des Temps modernes, Pierre l'Arétin. 

 

 


Si certains commentateurs considère toujours l'homme de lettres de l'époque des Lumières, et plus célèbre occupant de la Bastille, comme une incarnation de l'Antéchrist, Jean-Jacques Pauvert, qui n'est pas étranger à sa réhabilitation, republie son imposante biographie. Comme le confie l'expert, à l'âge de 87 ans : « Sade, c'était autre chose que les Fifty Shades of Grey. »

 

Tandis que l'oeuvre du marquis a été occultée pendant tout le 19e siècle, l'éditeur et écrivain Jean-Jacques Pauvert l'a tiré de la clandestinité en publiant ouvertement ses œuvres sous son nom d'éditeur, malgré la censure officielle. Maneouvre qui lui aura valu procès dont il remporta finalement l'appel en 1957. Depuis, Sade a intégré les auteurs de la Pléiade en 1990, et son patronyme est douloureusement passé à la postérité par le biais du néologisme « sadisme », transposé dans toutes les langues.

 

Jean-Jacques Pauvert, quant à lui, s'est taillé sa part dans l'édition française avec désinvolture, en misant volontiers ses billes sur les oeuvres marginales, voire proscrites. Si ses adversaires le trouvent provocateur, d'autres diront qu'il est libre penseur. Au rang des collections qu'il a créées, on retrouve des livres militants comme d'autres érotiques, d'importantes anthologies, réhabilitant parfois des auteurs morts et en découvrant d'autres bien vivants.

 

Pour commémorer l'anniversaire de la disparition du marquis, il republie Sade vivant, aux éditions Le Tripode, une monumentale biographie comprenant quelque 1200 pages. Interrogé dernièrement par le Huffington Post, Jean-Jacques Pauvert confiait notamment : « Si vous voulez faire de la pub à un livre, vous lui collez l'étiquette érotique - aujourd'hui du moins. Avant la guerre, la France était championne de littérature "audacieuse", plus qu'érotique ; on osait écrire sur ces sujets, ces situations. »

 

Et lorsqu'on lui demande ce qu'il pense du phénomène Fifty Shades of Grey : « Ha ha ha ! Je l'ai acheté ! C'est un petit livre complètement nul. Je n'ai pas poursuivi sa lecture très longtemps. [...] Non, ce n'est pas du sadomaso, non, non ! Pensez-vous ! J'ai publié Sade, je sais de quoi je parle ! »