Un an de prison pour l'écrivain qui a insulté le président turc Erdogan

Nicolas Gary - 24.09.2014

Edition - Justice - Turquie prison - écrivain insultes - président Erdogan


Pour avoir écrit un livre sur la Turquie, et évoqué les manifestations anti-gouvernementales de Gezi, l'an passé, l'écrivain Abdurrahman Erol Özkoray a été condamné à 11 mois et 20 jours. La cour l'a reconnu coupable d'insultes à l'encontre du président Recep Tayyip Erdoğan, qui à l'époque était premier ministre du pays. 

 

Water Cannon & Tear Gas used on İstiklâl Caddesi  near Taksim Square - Gezi Park, İstanbul

Gezi, à Istanbul

Alan Hilditch, CC BY 2.0

 

 

La 2e Cour pénale de première instance jugeait donc l'auteur de Gezi Fenomeni, et a rendu son verdict hier. La sentence initiale était d'une année pleine, mais la cour a décidé de la rallonger, puisque l'insulte avait été commise en public. Après l'exposition de l'avocat de la défense, la peine sera donc ramenée à 11 mois et 20 jours, un presque moindre mal, justifié par le bon comportement de l'auteur durant le procès.

 

Pour appuyer la plainte pour insulte, les avocats ont pointé que dans le livre, étaient reproduits certains des slogans que l'on trouvait sur les banderoles que brandissaient les manifestants. La liberté d'expression et de la presse n'aura pas pu sauver l'auteur, et la dignité d'Erdoğan avait donc été mise à mal.

 

En vertu de l'article 125 du Code pénal turc, une peine d'emprisonnement de deux ans maximum peut être encourue pour les insultes à l'encontre d'un fonctionnaire public. Or, c'est bien ce qu'a pointé l'avocat du président, considérant que l'ouvrage ne visait aucun intérêt public, mais simplement l'humiliation de l'ancien premier ministre. 

 

Les rassemblements à Gezi, en juin 2013, avaient duré trois semaines, et provoqué sept morts. Les manifestants accusaient le premier ministre Erdoğan de prendre des mesures de plus en plus autoritaires. Or, Özkoray faisait bien état de comportements violents contre les gens descendus dans la rue, évoquant « un autoritarisme islamiste », mais également la dérive autoritaire du pouvoir en place. 

 

Plusieurs centaines de manifestants ont également été traînés devant les tribunaux, et doivent répondre de 26 chefs d'accusation. Erdoğan a été élu président de la République en août 2014. La décision de la cour intervient quelques semaines après que des supporters du club de football de Beşiktaş ont été condamnés sévèrement pour leur implication dans les manifestations de Gezi.

 

Pour Özkoray, moindre consolation, l'exécution de la peine a été reportée de cinq ans.