Un anthropologue plongé dans les services de la Brigade anticriminalité

Clément Solym - 18.11.2011

Edition - Les maisons - Brigade - anticriminalité - observation


La prochaine fois qu'un professeur universitaire arrivera à entrer dans les secrets de la Brigade n'est pas prévue avant un bon moment. Alors, l'ouvrage de l'anthropologue Didier Fassin mérite vraiment que l'on s'y arrête. Un livre qui « raconte les violences et les dérives racistes d'une brigade anticriminalité francilienne ».

De quoi plaire à Joey Starr, évidemment, alors que la BAC compte parmi les sujets favoris du groupe NTM. Didier Fassin s'est ainsi plongé durant 15 mois, avec l'accord es autorités, entre 2005 et 2007. Un enseignement édifiant pour le sociologue, qui en retient surtout que « la loi vient après l'ordre » dans cette section policière.

 


Il évoque ainsi des contrôles abusifs ou inutiles, des propos racistes facilement tenus, mais également des humiliations inutiles, accompagnées de pratiques discriminatoires. Et dans leurs bolides lancés à des vitesses qui provoqueraient des retraits de permis immédiats, la BAC tient son rôle de chien de garde.

Pourtant, le groupe découle avant tout, précise l'enseignant, de l'héritage des ministres de l'Intérieur, tant Charles Pasqua que Nicolas Sarkozy. Finalement, la police, devenue interventionniste, s'est manifestée sous cette forme, avec la création de la brigade en 1971.  

« Les BAC interviennent à la fois sur des problèmes de sécurité publique, notamment de délinquance, et à un moindre degré, d'ordre public, par exemple en cas d'affrontement. Leur distribution sur le territoire correspond presque exclusivement aux zones urbaines sensibles. Pour le dire vite, elles sont devenues une police des cités – le bras armé de la politique sécuritaire. S'interroger sur ce qu'elles font est donc légitime », précise-t-il à Télérama.

De son regard d'anthropologue, il retient également la difficulté de cette mission d'ordre public. Les nouveaux policiers de la BAC se retrouvent dans des circonscriptions où ils ne souhaitaient pas se rendre, et ils cherchent à les quitter le plus rapidement possible. Les membres de la brigade revendiquent cependant une mission, d'arrêter les voyous - et pourtant, leurs interventions ne sont pas si régulières.

Et d'analyser : « Les policiers de la BAC, qui sont le plus souvent originaire du milieu rural ou de petites villes de province, considèrent la population des quartiers comme ennemie dans son ensemble : ils reconnaissent eux-mêmes ne pas savoir faire la distinction ‘entre les voyous et les gens bien'. »

Son livre, La Force de l'ordre, veut donc témoigner, et attirer l'attention, avec la volonté d'ouvrir le débat précise-t-il.  « La plupart ont (une) image de la banlieue comme dangereuse, des habitants comme leurs ennemis et de la situation dans laquelle ils se trouvent comme un état de guerre », explique-t-il.  

Entre pathétique et tragique, cette police commet-elle plus de dégâts qu'elle n'en répare ? La question se pose, assurément...