Un auteur et journaliste anglais en procès à Singapour

Clément Solym - 21.10.2010

Edition - Justice - exécution - singapour - liberté


 Alan Shadrake est l'auteur de "Once a Jolly Hangman : Singapore Justice in the Dock", un livre sur l'utilisation de la peine de mort à Singapour. L'auteur a été arrêté en juillet dernier, et risque des amendes et deux ans de prison s'il est reconnu coupable.

L'avocat de Shadrake a déclaré à la Cour de justice : « les extraits ne portent pas offense au tribunal, et ne s'écartent pas du principe de la juste critique approuvé par le tribunal de Singapour. Les faits présentés dans le livre sont documentés et sourcés, ce ne sont en aucun cas des commérages alarmistes ou sans scrupules qui pourraient être les cibles de la Justice ».


La peine de mort est obligatoire pour les assassins, les trafiquants et les traîtres. Le livre de Shadrake contient des entretiens avec des militants des droits de l'homme sur place, des avocats et des anciens officiers de police. Ainsi qu'un entretien avec Darshan Singh, bourreau en chef à la tristement célèbre prison de Singapour Changi pendant longtemps, maintenant à la retraite. Singh aurait exécuté jusqu'à 1000 hommes et femmes de 1959 à 2006.

Selon l'AFP, le cabinet du procureur général maintient : « les attaques infondées et injustifiées de monsieur Shadrake sur l'intégrité, l'impartialité et l'indépendance du système judiciaire de Singapour ne peuvent relever du principe de la juste critique ».

"Faire taire les critiques"


Donna Guest, directrice adjointe d'Amnesty International en Asie Pacifique déclarait à l'AFP il y a peu : « Singapour utilise les lois pénales sur la diffamation pour faire taire les critiques des politiques gouvernementales. Le gouvernement de Singapour devrait publier Shadrake pour une fois »


Cette affaire met en danger le partenariat engagé par l'Université de Yale avec l'Université Nationale de Singapour en vue de la création un collège d'arts libéraux dans le pays. Le président de Yale s'est en effet déclaré préoccupé par l'affaire Shadrake, qui prouve les difficultés de la liberté d'expression à Singapour.

La Cour de Singapour rendra sa décision mercredi prochain. Avec une population de 5 millions de personnes, le pays a un des plus hauts taux d'exécution dans le monde. Selon le gouvernement, cette politique permet de maintenir le taux de criminalité à un niveau très bas.