Un avenir à la Astérix n'est "pas au programme" pour Le Petit Nicolas

Antoine Oury - 27.06.2014

Edition - Les maisons - Le Petit Nicolas - IMAV Éditions - Aymar du Chatenet


Après 15 millions d'exemplaires vendus dans le monde entier, Le Petit Nicolas est devenu un ami de choix pour pas mal d'enfants, à travers 45 pays différents et une quarantaine de langues. Le tout géré par la maison d'édition IMAV, qui gère l'ensemble des droits dérivés et audiovisuels de l'oeuvre. Une exposition dans la mairie du IVe arrondissement fut l'occasion d'échanger avec Aymar du Chatenet, directeur général d'IMAV.

 

 

Voiture 4L Trophy - Expo Petit Nicolas - Mairie du IVe, Paris

Le Petit Nicolas, une affaire qui roule (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

 Immatriculée en 2002 par Anne Goscinny, la fille du scénariste, fondatrice et présidente, la maison d'édition est très vite devenue « la maison du Petit Nicolas », résume Aymar du Chatenet. Livres, produits dérivés, mais également gestion des droits dérivés et audiovisuels de l'oeuvre de Sempé et Goscinny, rien n'est laissé au hasard.

 

La sortie de la suite de l'adaptation par Laurent Tirard sortie en salles en 2009, Le Petit Nicolas, est un enjeu important : les 5 millions et quelques d'entrées du premier film laissent augurer du meilleur. Et IMAV semble solide : « À l'occasion de la sortie du film, 6 nouveaux livres sont publiés, dont la réédition vintage des Vacances du Petit Nicolas en édition cartonnée, mais aussi l'album du film, le roman du film, le journal de vacances, le livre d'activités, sans oublier le recueil Le Petit Nicolas voyage, avec une histoire totalement inédite de Goscinny et Sempé, titrée Roma » détaille le directeur général.

 

En tout, ce sont près d'un million de portraits du Petit Nicolas qui devraient rejoindre les présentoirs des librairies, en comptant les licences Gallimard, Hachette et Hatier, respectivement pour les romans, les livres d'activités et les manuels. Sans oublier l'international, un marché sur lequel la Pologne ou l'Allemagne égalent largement la France en termes de ventes.

 

Évidemment, difficile de ne pas dresser un parallèle avec la gestion d'Astérix : dans les deux cas, la disparition de René Goscinny a influencé celle-ci. Mais la suite diffère : quand Le Petit Nicolas n'a jamais connu d'autre scénariste que Goscinny, Albert Uderzo, plus proche de son collaborateur, décide de poursuivre le travail, seul. Mais créé lui aussi une structure pour gérer les droits de l'oeuvre, les Éditions Albert René, deux ans après le décès de René Goscinny.

 

La structure industrielle néfaste aux bandes dessinées ?

 

La suite, cependant diffère beaucoup : en 2008, Hachette Livres rachète 60 % de la maison d'édition Albert René (40 % d'Albert Uderzo et 20 % d'Anne Goscinny), avant d'en prendre le contrôle à 100 % quelques mois plus tard avec l'éjection de Sylvie Uderzo. À côté de ces répartitions, la société IMAV apparaît bien plus homogène, et moins sujette à une cession.

 

Ce que confirme Aymar du Chatenet : « La revente à une autre maison d'édition n'est pas du tout au programme. Mais nous sommes acheteurs, si une occasion se présente », explique-t-il. Là encore, le parallèle avec Astérix tendrait à démontrer qu'une structure entière dédiée à la gestion des droits d'une oeuvre comme celles de Sempé et Uderzo avec Goscinny, est préférable. Le dernier abum d'Astérix, Chez les Pictes, le tome 35, vient de franchir la barre des 1 millions d'exemplaires vendus, si l'on en croit Edistat, dont la moitié dans les grandes surfaces alimentaires.

 

Un résultat plus qu'en demie teinte, puisque le premier tirage des albums se chiffrait à 2 millions. Par ailleurs, le poids des grandes surfaces alimentaires est inhabituel, puisque « pour ce type de BD grand public, comme Titeuf, Largo Winch ou XIII, un gros tiers des ventes se fait en grandes surfaces culturelles, un tiers en librairie et un petit tiers en grandes surfaces alimentaires », comme le précisait l'institut GfK en octobre 2013. Dans une interview pour le bilan 2013 de Lagardère, Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livres, avance toutefois l'autre chiffre de 2,3 millions d'exemplaires du dernier album vendus sur le marché français, toujours d'après GfK. Un chiffre probablement basé sur les stocks en librairies, et non sur les ventes réelles...

 

Alors, certes, le marché de la bande dessinée a reculé de 1,2 % en 2013, et l'album a battu Fifty Shades of Grey en termes de ventes pour le premier jour de commercialisation, comme l'avait souligné Hachette, mais difficile de conclure que le tome 35, le premier sans Albert Uderzo, n'a pas fait un four... Quant à savoir si cela relève de la qualité de l'album ou de la gestion de la marque, c'est une autre aventure : Albert Uderzo confiait en décembre 2013 sa volonté d'écrire le prochain album lui-même.