Librairie et internet : et au milieu, coulent des livres

Clément Solym - 22.06.2015

Edition - Librairies - librairie indépendante - livres lecture - achats livres


Au cours des Rencontres nationales de la Librairie de Lille a été dévoilé un baromètre ayant trait aux achats de livres en France. Si 2014 présente un marché en léger retrait, on observe avant tout une croissance du numérique et de la vente d’occasion. Ainsi, le marché se replie de 0,6 % en valeur, et de 0,7 % en volume.

 

Librairie Privat (gare)

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Fleur Pellerin, dans son discours aux libraires réunis pour les Rencontres l’a assuré : « Ce que je veux, c’est permettre aux libraires de préparer l’avenir, et non seulement de répondre à l’urgence du présent. L’avenir, votre avenir : c’est la première préoccupation de mon ministère. Et cet avenir est ouvert. Car aussi sophistiqué soit-il, un algorithme de recherche ne remplacera jamais un libraire. Et c’est heureux ! » La librairie s’adaptera, certainement, aux mutations, et la ministre lui prédit « un avenir florissant ».

 

Panorama de l’édition française, vu de la librairie

 

Les livres sont-ils chers ? Oui, probablement, mais leur prix de vente reste de 11,10 € pour les ouvrages neufs et 4,30 € pour l’occasion. Le numérique est passé à 8,10 € en moyenne. Autrement dit, le prix d’un livre reste autour de 10 €. Selon le panel Sofres, le prix en 2014 serait même légèrement inférieur aux années passées, puisqu’oscillant entre 2000 et 2010, entre 11,25 € et 11,60 €.

 

Et les Français ont-ils arrêté de lire ? Eh bien, non : 53 % de la population de plus de 15 ans continuent d’acheter des livres. Ils sont 51 % à s’en être procuré un durant l’année 2014, 10 % ont opté pour l’occasion et 3 % pour le numérique. Les acheteurs de livres numériques, dans leur très grande majorité (86 %), sont aussi des acheteurs de livres imprimés. La minorité des « exclusifs numérique » représente 0,8 % des acheteurs de livres.

 

En termes d’intensité des pratiques d’achat, le marché du livre neuf n’apparaît pas excessivement concentré : si le noyau des « gros acheteurs » (12 livres neufs par an et plus), qui représentent 23 % des acheteurs (12 % de la population française), effectue plus de la moitié des achats (60 % en volume et 55 % en valeur), la catégorie des « acheteurs moyens » (5 à 11 livres par an, 31 % des acheteurs) représente également une part très substantielle du marché (28 % en volume, 30 % en valeur).

 

 

Concrètement, donc, le livre imprimé neuf qui constitue 92 % de la valeur totale accuse un recul de 1,4 % en valeur et 1,7 % en volume. L’occasion, a contrario, augmente de 6 %, soit 3 % du volume, et représente désormais 6 % du marché global en valeur – soit 14 % en volume. 

 

Le livre numérique serait passé à 2,3 % du marché global, avec une croissance de 18 % en valeur et 13 % en volume. Il représente également 2,8 % du volume total des ventes. Pour ce qui est des espaces de vente, l’évolution entre 2013 et 2014 n’est pas flagrante. 

 

À égalité (22 % chacun), l’ensemble « librairies et maisons de la presse » et le réseau des grandes surfaces culturelles demeurent les premiers circuits d’achat de livres, devant les grandes surfaces non spécialisées (grandes surfaces alimentaires et leurs espaces culturels, 19,5 %), les ventes par internet (tous réseaux confondus, 18,5 %) et, plus loin derrière, le circuit VPC/clubs (14,5 %).

 

 

Internet, clubs, et indépendants

 

En revanche, on observe que la vente en ligne et la librairie gagnent 0,5 point de PdM. Sauf que derrière cette croissance, Internet diminue légèrement, alors que sa croissance était de 1,5 % annuel entre 2008 et 2013. En revanche, la librairie indépendante a pris en puissance : alors que la part de marché était autour de 18 % depuis 2008, il semble que la situation s’allège. Probablement la fin de chaîne comme Virgin et la disparition, avec de multiples reprises cependant, des librairies Chapitre, a joué.

 

Les librairies-papeteries, pour leur part, voient le recul de leurs PdM s’arrêter : avec 3,5 % du marché en valeur, les chiffres restent identiques à 2012 et 2013. 

 

Comme l’avait indiqué ActuaLitté, Internet est loin d’avoir impacté la librairie indépendante, alors que de nombreux commentateurs l’affirmaient. La Toile avait plutôt frappé fort les clubs, maisons de la presse et librairies-papeteries étaient bien les premières victimes d’internet – assez logiquement. 

 

La librairie reste donc le circuit favori des 15/24 ans, alors que les 25/49 ans préfèrent les grandes surfaces spécialisées, ou l’achat en ligne. Pour ce qui est d’internet, d’ailleurs, trois opérateurs se partagent 80 % des ventes, mais aucun ne représente plus de 50 % des achats. « Les résultats 2014 du baromètre n’indiquent pas d’accentuation de cette concentration des achats. »

 

Le panel de 3000 personnes sollicitées pour l’occasion, âgées de 15 ans et plus, recoupe l’ensemble des actes d’achat : web, lieu physique, neuf, occasion ou numérique – tout sauf les fascicules pour encyclopédies et livres scolaires.