Un bibliothécaire demande plus de transparence à Apple et Amazon

Clara Vincent - 15.11.2019

Edition - Bibliothèques - Bibliothèques Etats-Unis - prêts ebook GAFA - Amazon Apple


Apple saurait-il mieux se tenir qu’Amazon s’il venait à investir le marché des prêts numériques dans les bibliothèques ? La question a tout lieu d'être posée pour Gary Price, bibliothécaire et écrivain vivant aux États-Unis. 

Jamais Cascio - (CC BY 2.0)


C’est en réaction à un post pubié le 10 novembre dernier sur le site 9to5Mac, dédié à l’actualité de la marque Apple, que Gary Price a publié un article le 12 novembre dans Library Journal. Intitulé  A Quick Comment : Library E-Books, Reader Privacy, and Transparency, il y fait part de son scepticisme à l’égard du post mentionné, transpirant de bonnes intentions : trop enthousiaste pour ne pas être suspect. 

Petit retour sur son contenu. Tel Candide tenant son journal intime, le développeur de service lié à la marque à la Pomme rend compte d’une de ses découvertes : un géant du nom d’Amazon abuserait de son pouvoir auprès des bibliothécaires, démunis devant une telle hégémonie.

En véritable « passionné de livre audio » tel qu'il se définit lui-même, un ami lui fait découvrir une fonctionnalité mise en place au sein des bibliothèques publiques, qui permet à leurs abonnés de télécharger gratuitement des ebooks grâce à des applications spécialisées. Ici, Bradley Chambers se réfère à notamment à Libby, une application du leader de la distribution de contenus numériques aux bibliothèques publiques et scolaires, Over Drive. 

En faisant l’expérience de cette fonctionalité offerte par la plateforme, il ne peut que constater l’ingéniosité du produit.

Et soumettre aussitôt l’idée qu’Apple devrait en faire de même : « Malgré les tentatives d’Apple lors de la refonte de Apple Books, l’écosystème Kindle et Audible reste le meilleur choix pour les amateurs de livres. J’ai récemment appris l’existence d’une fonctionnalité du Kindle qu'Apple n’a pas développée, mais qui devrait être prise en compte lors d’une prochaine mise à niveau de Books par Apple : l’intégration du système des bibliothèques publiques américaines. »

Ce, non sans pointer du doigt l’hégémonie abusive exercée par Amazon, qui est à ce jour le site de référence vers lequel renvoie l’application Libby. 

 

Apple justicier ? 


En effet, le géant de l'e-commerce parviendrait par ce biais à s’accaparer l’entièreté du secteur et rapatrier les usagers des bibliothèques auprès de son site de vente en ligne, en récoltant au passage les données de l'usager. 
  S’érigeant en justicier, Bradley Chambers soumet alors une idée de génie : et pourquoi ne pas sortir les bibliothécaires des mailles du filet, en brandissant le drapeau de la gratuité ?

« Une intégration de Books dans le système des bibliothèques publiques des États-Unis serait un moyen simple de le faire à un prix que tout le monde peut se permettre : gratuit  », propose-t-il à ses lecteurs.  

Il est vrai, une telle perspective aurait de quoi apaiser les bibliothécaires. Car depuis un certain temps, ces derniers font face à une grande remise en question en matière de prêt ebook. Et comme le remarque tout juste notre justicier, Amazon pourrait bien être à l’origine du mal. 
 

Le côté obscur des données


Petite piqûre de rappel : depuis l’arrivée du prêt d’ebooks dans les bibliothèques, les éditeurs n’ont cessé d’imposer aux institutions publiques des mesures drastiques. Leur objectif premier étant de sauver leurs intérêts pécuniers. Réticents à mettre à disposition gratuitement leurs ebooks encore tout frais sur le marché, ils n’ont eu de cesse de durcir leurs conditions auprès des bibliothèques publiques. 
 
Le dernier évènement en date remonte à la mi-octobre, lorsque l’association des bibliothécaires, l'American Library Association (ALA), lançait un appel au boycott à l’encontre de l’éditeur MacMillan

Quid d’Amazon dans tout ça ? Et bien le géant du commerce en ligne pourrait bien être à l’origine de ces vifs changements d’humeurs des éditeurs. Une hypothèse loin d’être infondée si l’on se rappelle le témoignage de Tom Mercer, que nous avions traité en août dernier
 
ActuaLitté - CC BY SA 2.0
 
Pour résumer : Amazon pourrait bien revendre les données des usagers récupérées par le biais d’applications telle que Libby et les fournir aux éditeurs. Et de s’assurer, en échange de ce bon et (dé)loyal service, que ces derniers privilégient sa plateforme pour la diffusion. 

Pernicieux calcul qui heureusement n’échappe plus à Apple. Mais qui, ayant sauté aux yeux des bibliothécaires, n’a fait qu’accroître la suspicion de ceux-ci à l’égard de ces acteurs numériques. 

 

La transparence, une garantie primordiale


Le nouvel objectif d’Apple Books serait donc d’investir ce marché, en proposant un service gratuit auprès des bibliothèques. 

Or, derrière cette mise en avant d’une gratuité, Apple promettrait-elle pour autant une pratique qui garantisse une entière transparence dans l’utilisation des données ? Ne serait-ce pas là une démarche pour récupérer une part des usagers de bibliothèques aujourd’hui accaparée par la seule entité Amazon ? 

C’est bien ce que pointe Gary Price, dans le Library Journal : « J’espère que si un service similaire à ce que proposent Amazon et OverDrive devient disponible chez d’autres fournisseurs, il sera dès le départ plus transparent pour les utilisateurs finaux par rapport à ce que nous en avons vu depuis le premier jour de la part des fournisseurs. », commente-t-il. 

Car en bon GAFA, difficile de croire qu’Apple soit totalement ignorant en terme d’utilisation de données. Ainsi est-on en droit de se demander si la firme ne profiterait pas du vent de suspicion qui s’abat sur Amazon pour supplanter celui-ci dans son service auprès des institutions publiques. Et redorer son image sur le dos de son concurrent par la même occasion.

Pour Gary Price, il demeure alors primordial de rappeler que la charte de déontologie des bibliothécaires repose sur la confiance de ses usagers. Or, indique-t -il, ce principe est loin d’avoir été respecté depuis l’arrivée d’Amazon sur le secteur, avant d'indiquer : « Les gens font confiance aux bibliothèques et aux bibliothécaires. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette confiance. »

Il appelle ainsi les bibliothèques à prendre des mesures contre ces nouveaux acteurs: « La communauté des bibliothèques demande la transparence en ce qui concerne les gouvernements et les autres, mais pas de la part Amazon / OverDrive ».

Bien qu’ils permettent à leurs institutions d’offrir plus de service à leurs usagers, il n’en reste pas moins nécessaire d’exiger auprès des géants du numérique davantage de transparence. « Comme je le dis depuis de nombreuses années, je ne demande pas la suppression du service Amazon/Overdrive, mais de pouvoir fournir à nos utilisateurs les informations nécessaires pour comprendre ce qui advient. Ce n’est pas différent de ce que la communauté des bibliothèques demande aux autres acteurs. »

Mieux vaut-il, parfois, prévenir que guérir. 


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