"Un bon récit de voyage, c'est avant tout une pièce littéraire"

Clémence Chouvelon - 22.03.2015

Edition - Les maisons - Récit de voyage - salon du livre Paris - revue Bouts du monde


Le genre du récit de voyage est large : du livre pour enfants jusqu'aux grands récits littéraires, tous les domaines littéraires sont couverts. Chaque éditeur recherche une originalité, une certaine forme de récit qui peut s'exprimer par l'écrit, des dessins ou la photographie. Les éditeurs Émeric Fisset (Transboréal), Paul-Erik Mondron (Nevicata), et William Mauxion, rédacteur en chef de la revue Bouts du Monde, ont confié lors du Salon du livre leurs exigences en la matière.

 

 

ILE DE MONTE CRISTO

 L'île de Montecristo (cremona daniel, CC BY 2.0)

 

 

« Chez Transboréal, nous recherchons à publier des ouvrages qui ne ressemblent pas à des carnets de voyage classiques. Il faut qu'il y soit abordé un sujet : de l'ethnographie, de la géographie, de l'histoire, de la culture. L'auteur doit oublier certains éléments de son voyage pour en mettre en exergue d'autres, et l'enrichir d'éléments pris ailleurs, pour arriver à un approfondissement de la région visitée », explique Émeric Fisset. 

 

L'éditeur recherche 3 qualités à un récit de voyage : la qualité de l'auteur, qui doit être sincère et engagé dans son voyage, et non parti en raison d'un contrat audiovisuel ou éditorial. La qualité du voyage ensuite, qui doit éviter d'embrasser trop de régions au risque de simplement les effleurer. Et enfin, la qualité d'écriture, il faut à l'auteur une vraie fibre d'écrivain.  

 

« Il est très difficile de faire un voyage véritablement exotique aujourd'hui. On choisit des itinéraires où il y a plus d'étrangeté qu'ailleurs, la beauté du monde disparaît. Elle est dans les musées. J'aurais aimé vivre au XVIIIe siècle » confie Émeric Fisset. « Il y avait des choses extraordinaires à découvrir. Aujourd'hui, elles sont plus subtiles, plus rares » en ce sens, il faut plus à un récit de voyage que de faire découvrir une destination.

 

Selon Paul-Erik Mondron, la littérature reprend toute sa place dans ce contexte : « Un bon récit de voyage, c'est avant tout une pièce littéraire. […] Comme éditeur, je veux un texte, une littérature qui émeuve, qui fasse voyager. J'aimerais bien recevoir un récit de voyage qui me laisserait croire que c'est un roman. »

 

William Mauxion partage lui aussi cette envie d'être transporté par un récit : « Je sais que je suis devant un bon récit de voyage quand j'ai totalement abandonné mon regard critique de journaliste qui va traiter un sujet, quand au bout de 3 minutes je suis un lecteur, que j'ai oublié que c'était pour Bouts du Monde, je sais que c'est gagné. » 

 

Autant de critères qui permettent aussi au récit de voyage de se distinguer, et de rester pertinent au moment où de nombreux sites web offrent la possibilité de raconter ses aventures en villégiature.

 

Les éditeurs ont également fait part de la représentation du genre dans le monde francophone : « Ce qui me frappe dans le paysage éditorial, c'est la place de la fiction et du roman. Nous sommes avec la littérature de voyage dans la non-fiction, des récits vécus, il est extrêmement difficile de faire sa place dans la non-fiction, à la différence du monde anglo-saxon. On a la possibilité d'apporter beaucoup d'originalité au lectorat, mais on se bat contre l'énorme masse que représente la fiction dans le paysage éditorial français », souligne Paul-Erik Mondron.

 

Quant à la revue Bouts du monde, son statut entre presse, littérature et mook la rend difficile à classer pour les libraires, comme l'explique William Mauxion : « nous avons un numéro ISBN qui nous associe au livre, et l'ISSN à la presse. La commission paritaire nous octroie des aides à la presse. Nous sommes mi-magazine mi-livre. Un mook, sans même savoir qu'on en faisait un. »