Un cancer au cerveau guéri par miracle : le scandale éclabousse l'éditeur

Nicolas Gary - 22.09.2016

Edition - Justice - Australie cancer cerveau - Penguin scandale imposture - arnaque livre cuisine


Belle Gibson avait fasciné le monde entier avec son histoire. Atteinte, prétendument, d’un cancer, elle avait guéri grâce à son alimentation. Et publié un livre dans la foulée. Sauf que la supercherie, deux ans après, continue d’éclabousser...

 

 

 

En dépit des avertissements multiples dont l’éditeur, Penguin, avait été gratifié, l’ouvrage The Whole Pantry avait été publié par la maison. Et pourtant, cinq mois encore, avant que le titre ne soit lancé, des mises en garde continuaient d’affluer au bureau de l’éditeur. Et si ce dernier est aujourd’hui traîné dans la boue, c’est que de nouvelles révélations surgissent.

 

En effet, une société de relations publiques avait été engagée une semaine après que le livre a été placé en librairies. La maison voulait se prémunir, dans l’hypothèse où l’auteure aurait été accusée d’avoir menti « sur une partie ou la totalité de son histoire ». 

 

Des documents internes dévoilés montrent en effet que l’éditeur avait tout fait pour capitaliser sur le vrai-faux cancer au cerveau auquel Belle Gibson avait survécu. Dans un mémo de la division Livre de cuisine, Julie Gibbs, la responsable, demande que la campagne de publicité mette avant tout l’accent sur un point. Mettre en avant « que le mode de vie sain de Belle a prolongé sa vie, bien au-delà de ce qui n’avait jamais été prédit par ses médecins ».

 

Vénal, vous avez dit vénal ?

 

Or, depuis que les mensonges de Belle Gibson ont été exposés au grand jour, cette dernière a fait l’objet d’attaques sévères – à la hauteur des attentes placées dans son livre, et de la déception ressentie. Devenue pourtant une véritable gourou sur l’île, elle professait qu’avec une alimentation et du sport, elle était parvenue à s’en sortir.

 

« Rien de tout cela n’est vrai », avait confessé Belle, en avril 2015, un an plus tard. C’est que, pour avoir survécu à un cancer du cerveau avec des plantes, ou presque, l’Australienne s’était attiré une sympathie internationale.

 

La faille a été repérée par une journaliste, qui avait tiqué en découvrant que l’organisme de bienfaisance qui devait recevoir plusieurs centaines de milliers de dollars australiens... n’avait jamais rien perçu. 

 

Les lecteurs n’ont d'ailleurs pas manqué de faire savoir leur colère auprès de l’éditeur, et dénoncé son incapacité à faire preuve d’intelligence et de vérification, avant la commercialisation du livre. « Prenez-vous toutes les informations qu’on vous donne pour parole d’Évangile ? », s’étrangle l’un d’entre eux.

 

Tous ces documents ont été fournis à la Cour fédérale australienne, qui est actuellement en train de traiter le dossier.

 

Parmi ces preuves accablantes, on découvre qu’une aide-domestique avait été engagée, pour un montant de 15.000 $, afin d’aider Belle Gibson. Cette dernière, n’ayant aucune notion de cuisine ni de nutrition, avait été secondée pour la rédaction des recettes du livre. Autre preuve à charge contre un ouvrage définitivement confondu pour son imposture.

 

Belle Gibson

 

 

Alors que l’auteure pourrait être accusée de délit criminel, l’éditeur avait tenté de prendre ses distances le plus rapidement possible. Julie Gibbs, encore elle – et qui n’est certainement qu’un bouc émissaire de plus dans cette affaire – avait répondu à Gibson que la situation médiatique « avait dérivé et que, maintenant, elle est incontrôlable, au point que nous mettons en péril la société ».

 

Comprendre, on vous lâche, totalement.

 

Mais la maison avait les deux pieds dedans. Un email de mai 2014, envoyé par l’éditeur à Julie Gibbs, met en exergue qu’il faudrait avertir l’auteure. Selon lui, « il y a quelques lacunes [dans le livre] que les journalistes pourraient explorer ». Sauf que personne n’a cru bon de donner suite à l’avertissement. 

 

Depuis, Penguin a admis qu’il n’avait pas fait vérifier l’ouvrage de Belle Gibson. La maison a été condamnée à verser 30.000 $ en tant que complice de cette tromperie, dans le cadre de l’action menée par Consumer Affaires Victoria, association de défense des consommateurs en Australie. 

 

Aujourd’hui, un porte-parole de la maison a fait savoir que, sur le cas Belle Gibson, il n’était pas question de s’exprimer plus... 

 

via Stuff