Un Candide dans la jungle de l'édition : Claude Durand

Clément Solym - 07.05.2010

Edition - Société - prix - litteraire - truquer


Il a quitté la maison et surtout la présidence de Fayard après trente années de bons et loyaux services... Enfin, probablement pas tant que ça, si l'on se fie à ce qu'il raconte dans son roman, J'aurais voulu être éditeur. De toute manière, Olivier Nora a repris les commandes, tout va aller pour le mieux.

Un livre qui coupe, tranche, taille et ne fait pas dans la dentelle - écrit sous pseudonyme pour la distance... La rentrée littéraire ? Une arnaque : ça ne sert qu'aux prix, alors que personne n'est disponible. Et celle de janvier ? Pire encore : un recyclage d'auteurs. Mais au moins épargne-t-elle quelques oeuvres qui seraient mortes étouffées en septembre.

Et les prix, parlons-en des prix.
Un Goncourt peut faire vendre plus de 500 000 exemplaires, mais il peut aussi bien faire moins de 100 000 ! Inversement, des prix moins convoités comme le Médicis ou le Femina peuvent générer des chiffres de ventes très honnêtes, voire supérieurs à un médiocre Goncourt. C'est l'ensemble des cinq grands prix qui constitue l'enjeu [...]
Mais méfiez-vous ! Tout est pipé. Dans le sens où les maisons s'arrangent entre elles pour se distribuer les voix des jurés. Deux votes du Goncourt contre trois du Renaudot... et ainsi de suite. « Les réformettes apportées aux règlements des différents prix n'ont guère banni ces pratiques, même si elles ne sont pas systématiques. Si certains jurés restent libres, c'est qu'ils ont assez de caractère ou de succès pour se le permettre. »

De l'intérêt de savoir compter

L'interview accordée au Figaro donne à Claude Durand plus de force encore pour dévoiler l'envers du décor. Ce que tout le monde sait, mais que personne ne dit. De quoi désacraliser complètement l'univers de l'édition, avec l'aisance de celui qui a navigué dans ces eaux troubles durant trois décennies...

« J'ai calculé un jour que les frais engagés dans une politique de prix, en à-valoir, en préfaces, en dessus de table (les grands restaurants), pour ne pas parler ici de dessous, peuvent en arriver à coûter l'équivalent du bénéfice d'un prix littéraire de moyenne diffusion. Il faudrait donc avoir deux de ces prix pour qu'une telle politique soit vraiment rentable. Mais, dans le même temps, les prix présentent un autre avantage : ils peuvent attirer des auteurs dans la maison qui les reçoit. C'est donc un moyen de débaucher des écrivains plus facilement. »

Entre raison d'État, et typicité française - publier des journalistes qui ne sont pas romanciers, mais écrivent tout de même - il brosse un portrait assez honnête du système.

L'avenir de l'édition : numérique et surproduction

Qui s'étoufferait lui-même, noyé dans la masse de ses publications ? Claude Durand reconnaît timidement « une certaine surproduction » qui occasionne cependant « de très heureux hasards », comme celui de la littérature scandinave. « L'attitude rationnelle consiste à ne pas faire n'importe quoi simplement pour générer du chiffre d'affaires à court terme, ce qui est toujours un mauvais calcul. »

Mais, va, le numérique sauvera tout le monde, sa confiance en cet avenir est forte, depuis qu'il a vu des gamins partir en vacance avec leur lecteur ebook et plus simplement leur baladeur (MP3 ?).

On félicitera également l'attachée de presse - sans ironie - qui a réussi à placer un papier dans Le Figaro sur son ouvrage...

Tant qu'à faire...