Un Cimetière des livres oubliés en Pologne

Clément Solym - 05.12.2010

Edition - Société - cimetiere - livres - oublies


Dans le sous-sol de la bibliothèque universitaire de Varsovie, ils sont 30.000 abandonnés, oubliés de tous, à attendre une nouvelle vie. De tous ? Non, un irréductible a décidé de rendre à ces livres leur dignité. Waldemar Szatanka a déniché l'excellente idée...

Avec son Cimetière pour livres oubliés, l'antiquaire a créé un endroit où, contre un droit d'entrée de 30 zlotys (7,5 euros), il est possible de repartir avec autant de livres que l'on souhaite. Pour les sauver d'une mise au pilon inéluctable. Et l'on trouve de tout. D'ailleurs, en venant accompagné, le tarif pour la seconde personne est dégressif, à 5 zlotys. Pour les étudiants, le tarif est de 30 zlotys...


Cette idée de cimetière lui est venue du livre de Carlos Ruiz Zafon, L'ombre du vent (Grasset, réédité en 2009 et traduit par François Maspero, best-seller mondial avec plus de 12 millions d'exemplaires vendus), où le personnage principal, Daniel, âgé de huit ans, va avec son père dans une librairie nommée Cimetière des livres oubliés. Il doit alors décider de sauver un livre, dont il sera responsable toute sa vie. Il choisit alors L'ombre du vent d'un certain Julian Carx, dont il ignore tout, et qui va le passionner...

Et Waldemar Szatanka d'expliquer : « Aujourd'hui, les livres sont trop chers ou trop coûteux. Certains sont trop chers, parce que d'un point de vue économique, les gens n'ont pas la place de les conserver dans leur bibliothèque. Et de l'autre, parce qu'ils ne peuvent pas non plus financièrement se permettre d'en acheter en masse. »

L'an dernier, pour éviter ce gaspillage d'oeuvres et de connaissance, une initiative similaire avait été lancée. Il avait suffi de trois semaines pour que près de 6000 personnes "sauvent" les 36.000 ouvrages qui étaient proposés. Chaque année, ajoute-t-il, 100.000 livres subissent ce sort. « Les gens lisent de moins en moins, le marché du livre se détériore, les nouveaux ouvrages sont de moins en moins prisés et les encyclopédies sont remplacées par internet. »

Ce Cimetière aura une durée de vie de trois mois, durant lesquels le public pourra venir piocher à sa guise. Mais passé ce délai, il fermera ses portes et les ouvrages qui n'auront pas trouvé preneur seront irrémédiablement détruits. « Le but de notre action est de faire en sorte que les livres ne se retrouvent pas dans une décharge ni envoyés dans un centre de recyclage, mais qu'ils puissent trouver un nouveau domicile chez des personnes qui en veulent réellement », conclut Szataének.

Depuis deux semaines que le cimetière est ouvert, 10.000 ouvrages ont trouvé un nouveau propriétaire.