Un conte de fées gay tout droit sorti de l'imagination de deux néo-zélandais

Joséphine Leroy - 15.04.2016

Edition - International - Promised Land - conte de fées LGBT


Le conte de fées Promised Land a été conçu par deux auteurs/illustrateurs néo-zélandais. En revisitant le conte sous le prisme contemporain, les auteurs questionnent nos représentations. L’initiative est soutenue par les internautes : après une campagne de crowdfunding, les Néo-Zélandais ont obtenu plus qu’ils n’espéraient. La magie des contes de fées. Le conte pour enfants a été écrit par Adam Reynolds et Chaz Harris, et illustré par Christine Luiten. 

 

Book

(Sam Howzit / CC BY 2.0)

 

 

Un beau jour, le prince Léo rencontre Jack, un modeste fermier. Le hasard faisant toujours bien les choses dans les contes de fées, les deux personnages se croisent pour la première fois dans une forêt enchantée. Toutes les conditions sont réunies pour que les deux princes entament une histoire simple... jusqu’à ce que la reine se remarie avec un roi autoritaire qui veut prendre possession de la forêt enchantée, que le royaume doit en principe protéger. Léo et Jack vont alors tout faire pour faire barrage à ce beau-père aux projets destructeurs. Dans cette tentative héroïque, les deux héros vont tomber amoureux. 

 

Engagés dans le réseau LGBT, les auteurs ont voulu combler un vide : « Nous avons grandi sans histoires représentant les LGBT, que ce soit à l’écrit ou à l’écran. Nous avons essayé d’écrire l’histoire que nous aurions voulu lire à nos 8 ans. À l’enfance et à l’adolescence, pas de modèle et pas d’histoire à laquelle nous raccrocher. En tant que gays, nous ne pouvions pas nous reconnaître dans le ”Et ils vécurent toujours heureux”. » 

 

Les auteurs précisent que le projet s’adresse à tout le monde et qu’il ne s’agit pas d’une provocation : « Mais nous ne visons pas seulement la jeunesse gay. Jamais nous n’interrogeons la sexualité de nos héros, ils sont simplement deux jeunes hommes qui se rencontrent et tombent amoureux. » 

 

Le concept remporte un grand succès. La campagne de crowfunding a récolté 43.362 $, ce qui dépasse les espérances des auteurs qui visaient plutôt les 25.000 $. S’ils obtiennent 45.000 $, les auteurs créeront une version application de Promised Land. Tous ceux qui commanderont un ebook ou une version papier du conte recevront gratuitement le livre audio et l’application.

 

 

 

Le cas d'Alexander London, auteur de livre jeunesse 

 

Alexander London, auteur de livres pour enfants et adolescents américain, avait toujours caché son homosexualité. Dans un entretien à Buzzfeed, il témoigne de la difficulté à évoquer son homosexualité dans le milieu éducatif. Lorsqu’il visitait des écoles ou des bibliothèques pour enfants, il devait se présenter devant eux, parler de son métier, de la lecture avant tout pour les inciter à lire. Seulement, lors de ces présentations, l’auteur ne savait pas toujours comment réagir face aux questions candides des enfants. 

 

« Êtes-vous marié ? », lui demande un jour une petite fille. « La réponse la plus simple aurait été » non ». Enfin, ça n’aurait pas été simple, mais ça aurait été vrai. Cela dit, je n’étais pas marié parce que le mariage entre personnes du même sexe n’était pas légal. Je n’étais pas marié parce que l’amour de ma vie était un homme », confie l’auteur. Au début, face à cette question récurrente, Alexander London était désarmé. Cette fois là, avec humour, il avait retourné la question : « Pourquoi ? Tu me demandes en mariage ? Je suis un peu trop vieux pour toi ! » 

 

Mais la situation ne pouvait pas durer indéfiniment. Après la légalisation du mariage sur l’ensemble du territoire américain en 2015, l’auteur s’est d’abord marié, puis a décidé de ne plus contourner la question. En visitant une école, une petite fille ayant repéré son alliance lui a demandé : « qu’est-ce que fait votre femme ? » « Eh bien, je n’ai pas de femme, j’ai un mari et il est instituteur », a répondu l’auteur avec audace. Des petits garçons se sont brièvement regardés, légèrement confus, et deux petites filles ricanaient. Puis, quelques secondes après, les enfants ont posé des questions sur le livre d’Alexander London, comme si de rien n’était. 

 

L’auteur a toujours gardé à l’esprit le combat d’Anita Bryant, une militante homophobe qui refusait aux homosexuels le droit de faire partie du cercle pédagogique ou même d’interagir avec l’enfant.