Un dangereux fossé socio-économique autour de la lecture

Clément Solym - 11.03.2014

Edition - International - lecture - familles - télévision


On ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les habitudes de lecture de ses parents. Une enquête menée par l'Université de Sheffield, auprès de 1500 adultes, aurait tout de l'inquiétante alerte. Seule la moitié du pays britannique prend un livre une fois par semaine pour le plaisir, et 45 % des personnes préfèrent la télévision. La suite des chiffres n'est pas vraiment plus rassurante. 

 

 

 Children's Literature is Central to Children's Literacy

mrsdkrebs, CC BY 2.0

 

 

L'étude met particulièrement en avant le manque de lecture dans les familles britanniques, en fonction des secteurs socio-économiques. Selon que l'on vive plus ou moins confortablement, la lecture est une activité qui est mise de côté, alors même qu'elle a une incidence sur la vie quotidienne. Booktrust, organisme caritatif qui valorise la lecture souligne tout particulièrement « les liens entre la dépression et le fait de ne pas lire de livres ».

 

Dans les zones les plus défavorisées, cette conséquence est manifeste. « Nous sommes en 2013 et pas en 1813. Nous avons l'électricité, et nous pouvons donc maintenant acheter des DVD et regarder la télévision, plutôt que de lire les livres… Les livres sont pour une génération plus ancienne. Dans l'ensemble, les jeunes ne lisent pas de livres. »

 

Dans l'ensemble, rapporte le Guardian, un cinquième des adultes ne lit pas, 18 %, et 56 % considèrent qu'internet et les ordinateurs remplaceront les livres dans les 20 prochaines années. On passe à 64 % chez les 18 - 30 ans. D'ailleurs, 27 % des gens préfèrent les réseaux sociaux et internet à la lecture de livres, et on passe à 56 % toujours dans la même tranche d'âge.

 

Les habitudes de lecture des enfants découlent, fort logiquement, de celles de leurs parents. 89 % des parents qui lisent font la lecture à leurs enfants contre 72 % des parents qui ne lisent pas. Booktrust redoute que « ce schisme dans la culture de la lecture conduise à une grande disparition d'enfants dans les rangs des lecteurs ». 

 

Un fossé social qui aura un impact négatif, que redoute déjà Malorie Blackman, figure officielle de la littérature jeunesse au Royaume-Uni. Les familles, insiste-t-elle, « ont un rôle énorme à jouer pour encourager la lecture dès le plus jeune âge, et le soutien aux parents est crucial. Nous devons réduire la pauvreté et améliorer la mobilité sociale - offrir la possibilité de lire est l'un des moyens les plus puissants par lesquels nous pouvons y parvenir ».