Un éditeur d'extrême droite veut rééditer Mein Kampf sans annotations critiques

Orianne Vialo - 27.05.2016

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Alors que Mein Kampf venait d’être réédité en Allemagne en janvier dernier — les 4.000 exemplaires de 1.948 pages assortis de 3.500 annotations critiques ont été épuisés à peine quelques jours après leur mise en vente en librairies, malgré le prix de l’ouvrage (59 €) —, le Parquet de Bamberg (sud de l’Allemagne) s’est emparé d’un projet de réédition de Mein Kampf. D’après l’agence allemande DPA et le journal Bild, la magistrature a ouvert une enquête à la suite d’un projet de réédition d’une édition non commentée du livre d’Adolf Hitler, émis par un éditeur d’extrême droite allemand.

 

 

 

 

La première réédition en 70 ans de l’ouvrage a connu un franc succès, comme mentionné plus haut. Il est vrai que, depuis le 1er janvier dernier, le pamphlet antisémite d’Adolf Hitler est tombé dans le domaine public — soixante-dix ans après la mort d’un auteur, les droits de ses œuvres tombent automatiquement dans le domaine public. Les droits de ce texte, anciennement détenus par l’État de Bavière sont donc désormais propriété universelle, ce qui permet à tous les éditeurs de publier librement l’ouvrage.

 

C’est pourquoi Adrian Preissinger, l’éditeur d’extrême droite, souhaitant publier Mein Kampf sans annotations a quasiment pu mener son projet à bout. Déjà condamné à trois ans de prison ferme fin 2002 pour avoir distribué de la musique et des documents écrits d’extrême droite, la justice ne sait pas encore si des charges seront retenues contre lui. 

 

« Nous examinons si nous pouvons engager des poursuites », indiquait un porte-parole du Parquet, sans préciser combien de personnes étaient visées par cette enquête. 

 

Rappelons qu’en août 2015, le Land de Bavière avait pris le parti de soutenir la réédition annotée de Mein Kampf, avec le concours d’historiens, avant de se rétracter et de retirer son soutien à cette publication.

 

Pourtant, depuis plusieurs décennies, les tentatives de réintroduire le livre d’Adolf Hitler ne manquent pas, mais sont aussitôt stoppées par les détenteurs des droits du livre. L’État de Bavière, à qui incombe cette tâche, a déjà coupé court aux projets de l’éditeur britannique Peter McGee, qui avait annoncé en janvier 2012 son intention de publier des extraits conceptualisés et éditorialistes du livre d’Adolf Hitler.

 

Un éditeur polonais avait écopé de trois mois de prison avec sursis sur une période de deux ans en 2009 pour avoir publié 20.000 exemplaires de Mein Kampf. Ce dernier avait été reconnu coupable de violation de droit d’auteur et avait dû payer une amende de 10.000 zlotys (2.270 €). Il est vrai que les autorités allemandes craignaient que le pamphlet d’Adolf Hitler ne devienne un livre de chevet pour les extrémistes. 

 

La réédition du brûlot d'Hitler toujours au coeur des polémiques 

 

La maison d’édition Fayard a quant à elle dépassé depuis longtemps ce stade puisqu’elle a décidé en octobre 2015 de rééditer le livre polémique d’Adolf Hitler en 2016, dans une nouvelle traduction d’Olivier Mannoni. À l’image de l’initiative avortée du Land de Bavière, l’ouvrage sera accompagné de commentaires de chercheurs afin de mettre en perspective et contredire l’idéologie politique du nazisme prônée du livre.

 

« La publication de ce livre central dans l’histoire du XXe siècle sera accompagnée d’un appareil critique, établi par un comité scientifique d’historiens français et étrangers », expliquait à l’époque la maison dans un communiqué. 

 

L’association Initiative de Prévention de la Haine considère quant à elle que la polémique autour de cette réédition est vaine et « s’étonne qu’il y ait débat sur la réédition du livre ou non une fois versé dans le domaine public ». Selon eux, « ce qui importe, c’est d’enseigner les conséquences de la propagande raciste et antisémite, pas de se battre sur le terrain stérile de “faut-il ou non” republier un livre accessible en deux clics sur internet ou les sites de vente de livres ».

 

Elle appelait ainsi à la responsabilité des uns et des autres, et tout particulièrement des éditeurs, papier ou numérique. D’après l’association Initiative de Prévention de la Haine, il importe que le livre fasse l’objet d’un avertissement déjà « traduit en plusieurs langues » qu’elle met à disposition. (ici en PDF)

 

Ce qui rappelle, encore une fois, l’importance des annotations critiques dans les ouvrages de ce genre.