Un éditeur indien accuse un libraire blogueur diffamation

Julien Helmlinger - 18.05.2013

Edition - Justice - Justice - Menace de procès - Diffamation


Nouvelles tensions sur la Toile, matrice peuplée de trolls en tous genres et dans laquelle les commentaires se prennent parfois non sans produire des variations sur le thème ‘effet papillon'. Dans la série menaces de poursuites et allégations de diffamation, l'éditeur indien OMICS Publishing Group s'en prend désormais au blogueur Jeffrey Beall. Celui-ci est libraire au sein de l'université du Colorado et tient le blog Scholarly Open Access, sur lequel il dénonce les pratiques douteuses de certains pros. La maison, pointée par le trublion, riposte.

 

 

 

 

L'éditeur, basé en Inde depuis six ans, semble remonté contre le bibliothécaire-blogueur. Sa maison revendique notamment la publication de plus de 200 revues savantes, et ce, en misant sur le créneau de l'Open Access. Une entreprise propre de prime abord, mais voilà qu'elle a le déplaisir de se retrouver listée parmi les quelque 250 prédateurs potentiels de la liste de Beall, que consultent notamment bibliothécaires et professeurs.

 

Sur son blog et comme d'autres organes de presse, le bibliothécaire dépeint OMICS comme une société qui n'aurait pas publié autant de revues qu'elle le laisse entendre, et que 60 % du contenu annoncé n'aurait pas encore été sorti. Du côté de la maison d'édition, propriété de Srinu Babu Gedela, on vante les mérites de la firme notamment en tant qu'acteur de premier plan de la prise de conscience autour de l'accès libre aux sciences.

 

Et selon la liste de Beall, OMICS serait du genre à spammer les chercheurs afin de leur offrir des perspectives de publications à la va-vite, avant de les charger à hauteur de 3000 dollars de redevances à l'éditeur. Ajoutant que certains noms de chercheurs connus seraient utilisés à des fins promotionnelles sans leurs accords, voire que leurs noms seraient détournés pour doper la fréquentation des conférences en laissant suggérer qu'une personnalité sera présente...

 

Suite à ce listage, l'éditeur a riposté par l'envoi d'une lettre de six pages au blogueur. Celle-ci accuse Beall de l'avoir dénoncé sans fondements, de faire de fausses allégations. Son imagination serait révélatrice d'un manque de professionnalisme, de nuisance à l'Open Access, mais encore, de discrimination raciale.

 

En marge de sa menace de plainte, l'éditeur précise à l'attention de Jeffrey Beall que sur le territoire où la plainte serait déposée, en Inde, les charges concernées sont passibles d'une amende d'un milliard de dollars de dommages et intérêts, ainsi que d'une peine d'emprisonnement allant jusqu'à trois ans, selon la loi locale sur les technologies de l'information.

 

Le blogueur, quant à lui, professionnel de la documentation, soutient avoir conservé des preuves de ses théories. Selon son avocat, la réponse de l'éditeur pourrait constituer une tentative de redorer son image, ou d'intimider Jeffrey Beall.