“Un éditeur n’a qu’un outil : soigner ses propres auteurs et en trouver de nouveaux”

Nicolas Gary - 19.06.2017

Edition - International - Elisabetta Sgarbi editrice - Baldini & Castoldi Italie - La Nave di Teseo


L’acquisition de la maison Baldini & Castoldi fait sensation : dans le monde du livre italien, La Nave di Teseo a joué un excellent coup avec ce rachat. Sa directrice, Elisabetta Sgarbi, apporte quelques précisions sur l’investissement réalisé. 



 

 

C’est que dans l’histoire de l’édition italienne, « Baldini & Castoldi a eu une aventure mouvementée, mais une place importante. La maison a lancé de véritables histoires littéraires, qui ont modifié durablement la géographie de l’industrie du livre », explique Elisabetta Sgarbi à ActuaLitté. 

 

L’ouvrage de Matteo Molinari, best-seller des années 90, Anche le formiche nel loro piccolo si incazzano, et jamais traduit en français, en est un exemple frappant. Et la maison ne manque pas de ces auteurs et livres sacrés, comme Va' dove ti porta il cuore de Susanna Tamaro « un cas à part, dans l’édition au niveau mondial », poursuit Elisabetta Sgarbi. Et d’autres auteurs comme Giorgio Faletti, ou le long seller de Fabio Geda, Nel mare ci sono i coccodrilli.

 

En somme, Baldini & Castoldi dispose d’un important catalogue « qui a souffert du poids des dettes héritées des années passées. Notre intention, une fois les reliquats soldés, est de relancer la confiance des personnes, absolument extraordinaires, qui ont travaillé là-bas ». 

 

La marque restera absolument indépendante de La Nave di Teseo, un véritable enjeu, impératif pour que la structure renoue avec « une énergie positive ». Et bientôt, assure Elisabetta Sgarbi, « les libraires et l’ensemble du milieu éditorial en verront les effets ».

 

Rome ne s’est cependant pas faite en un jour, pas plus que le rachat, d’ailleurs. « Nous avions rencontré les propriétaires Michele Dalai et Filippo Vannuccini, à qui doit revenir une reconnaissance et un mérite extraordinaires : ils luttaient pour ne pas sombrer. Et de toute évidence, ils avaient supporté tout ce qu’ils pouvaient. »

 

Depuis octobre 2016, les premiers contacts se sont concrétisés, avec, simultanément, l’approche juridique et financière, de sorte que la situation globale soit analysée et comprise. « Enfin, j’ai demandé à nos actionnaires – dont la vélocité doit être saluée, de même que l’intuition et la conviction – d’augmenter notre capital pour affronter la situation de Baldini. Et je pense surtout à un ami et un éditeur tel que Jean-Claude et Nicki Fasquelle. »

 


Elisabetta Sgarbi

 

La vente finalisée, reste désormais l’avenir à envisager. Le catalogue est important, et possède une grande valeur malgré les difficultés qu’a connues l’entreprise. Mais dans une Italie où le groupe Mondadori possède plus de 40 % des parts de marché, quelle autre solution pour les petits et indépendante que de procéder à des acquisitions ?
 

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« Un éditeur n’a à sa disposition qu’un seul outil : prendre soin de ses propres auteurs et trouver de nouveaux auteurs. Évidemment, porter attention aux coûts, mais sans auteur, on ne fait rien » , tranche Elisabetta Sgarbi.

 

Sur ce point, B & C offre un beau panel d’auteurs, et la stratégie se mettra en place progressivement. « Je commence toujours en partant des éditeurs : la Baldini a un excellent éditeur avec une grande expérience et des goûts littéraires précieux, en la personne d’Alberto Rollo. Nous renforcerons donc l’approche éditoriale. Ensuite, nous devons assurer la sécurité des auteurs qui sont présents. Et rendre l’indispensable confiance à ceux qui travaillent dans la maison. Les résultats suivront. »