Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Un éditeur russe musulman condamné pour extrémisme

Clément Solym - 02.02.2012

Edition - International - Russie - livres - extrémisme


Un éditeur a donc été condamné à quatre années de camp pour des publications jugées extrémistes, par une cour de Russie. Il s'agit de Sad, une maison d'édition islamique. 

 

Le tribunal de Balachikha a condamné Aïdar Khabiboulline, un ancien militaire reconverti dans l'édition. En cause, deux livres sur le prophète Mahomet et des rites cultuels, jugés extrémistes. La condamnation fait suite à l'interpellation de l'éditeur, les enquêteurs ayant trouvé chez lui des « publications extrémistes » ainsi qu'une grenade, rapporte l'AFP. Ils avaient alors épluché tous les livres publiés par la maison d'édition, ce qui les a conduits à en extraire deux.

  

L'Académie des Sciences en examinant les ouvrages de plus près a émis un avis contraire. La communauté musulmane a réagi et pris position pour l'éditeur, les ouvrages ayant été recommandés pour les écoles musulmanes. 

 

 

Le livre, objet de tous les regards

 

Comme bien souvent en Russie, dès qu'il est question de religion, le ministère de la Justice examine de près les différents ouvrages qui peuvent en faire état.

  

Il y a peu un livre hindou avait échappé de justesse à l'interdiction dans le pays et failli rejoindre la liste des livres interdits en Russie, 800 au total. Le Bhagavad Gita est un extrait du livre saint le Mahabharata. La traduction de certains passages avait été qualifiée d'insultante à l'égard des autres confessions. La colère de la communauté hindoue avait fait reculer les tribunaux (voir notre actualitté).

 

Autre exemple, le livre spirituel du Falun Dafa, interdit en Chine, a lui aussi été ajouté sur la liste des livres interdits par le ministère de la Justice.

 

La loi de 2007 comme recours

 

En 2007, une loi contre l'extrémisme à été votée par la Douma, elle permet de condamner quelqu'un pour les « motifs de haine politique ou idéologique ». Cette loi, floue, a été critiquée par l'opposition et des ONG, comme Reporters Sans Frontières craignant une « utilisation liberticide du texte ».

 

L'écrivain russe Boris Akounine avait fait l'objet d'une enquête pour extrémisme qui n'avait finalement pas abouti. L'auteur avait tourné en ridicule cette tentative : « j'ai feuilleté le roman, essayant de me souvenir de ce qu'il contenait d'extrémiste. J'ai trouvé un seul endroit, lorsque le Japonais Masa affirme que les Russes sont incapables de faire la différence entre deux types de nouilles japonaises » citait l'AFP.