Un éditeur tronque une citation de Tourgueniev, et toute la Russie s'enflamme

Cécile Mazin - 07.06.2016

Edition - International - Russie auteurs classiques - campagne publicité haine russe - Penguin Random House Russie


La filiale britannique de Penguin Random House s’amuse-t-elle à souffler sur les braises de la guerre froide ? Une campagne publicitaire dans le métro semble attaquer directement la Russie et son patrimoine, alors même qu’elle fait la promotion de titres russes. En s’appuyant sur des citations tirées de certains livres, l’éditeur s’est attiré les foudres des réseaux sociaux.

 

 

 

Penguin Random House UK est-il composé de « serpents sournois » ? C’est ce que conclut Tanya Solovyeva, blogueuse populaire, qui a posté les affiches de la campagne publicitaire. En exergue, l’éditeur a en effet choisi de citer l’un des personnages du livre d’Ivan Tourgueniev, Pères et Fils, paru en 1862. « Aristocratie, libéralisme, le progrès, les principes... des mots inutiles. Un Russe n’a pas besoin d’eux », dit en effet Yevgeny Bazarov dans l’ouvrage de 340 pages. 

 

Est-ce une insulte ? Pire. « C’est une honte absolue, la manière dont vous avez déformé la citation originale du livre. Non seulement vous n’avez intentionnellement pas cité la formule originelle, mais vous avez également choisi de ne préciser ni le nom de l’auteur ni le titre du livre, même en petits caractères sur l’affiche », s’étrangle la blogueuse.

 

Et d’accuser l’éditeur de favoriser une vision barbare des Russes, parce que la phrase, sortie de son contexte, entraînera simplement des remarques bas de plafond. « C’est un minimum tout de même pour la maison d’édition qui se présente comme l’une des plus anciennes et les plus dignes de confiance dans ce pays. C’est totalement honteux, d’introduire une propagande de haine si mesquine. »

 

Voilà qui est dit. Et l’on s’interroge rapidement, sur les réseaux, pour savoir si une pareille campagne aurait été permise, si l’on avait remplacé le nom Russes par... disons, Musulmans, ou autre ?

 

Célébrer les auteurs russes... ou les humilier ?

 

L’éditeur s’est débattu, assurant que sa collection Pocket Penguins propose une vingtaine d’œuvres de la littérature « que nous considérons comme étant de véritables classiques et qui devraient être lus dans le monde entier. Aux côtés de Tourgueniev, il y a des livres de Tolstoï, Gorki, Boulgakov, qui témoignent de la qualité des écrivains russes », assure la maison. 

 

Selon elle, cette campagne ne visait qu’à interroger le passant, « conçue pour inciter les gens à en savoir plus et leur présenter des livres dont nous pensons qu’ils leur plairont. La campagne se veut une célébration de ces merveilleux ouvrages ». Sauf que... pas de chance : une pétition a été dégainée pour demander le retrait de cette opération publicitaire.

 

Elle dénonce bien entendu le principe de cette campagne, reprenant les termes de la blogueuse. Et tente surtout de rectifier la citation originelle de Tourgueniev :

 

Aristocratie, libéralisme, progrès, principes... que de mots étrangers et sans utilité. Un Russe n’en voudrait pas comme cadeau

 

Et effectivement, on se demande si PRH n’avait pas pour intention de déterrer la hache de guerre, oubliée quelque part dans la baie des Cochons...