Un élan de solidarité et d'engagements pour la librairie

Clément Solym - 17.03.2012

Edition - Librairies - librairie indépendante - étude - accords


Depuis la Grande Messe de Lyon, l'an passé, où les instances de la librairie ont pris le ministre pour témoin de leur situation, Frédéric Mitterrand a rarement manqué une occasion de leur venir en aide. Et sans le plan de vigueur Fillon II qui a causé la hausse d'une TVA réduite de 5,5 % à 7%, tout le secteur aurait cru un ministre de bonne foi. Mitterrand n'est pas resté silencieux, face à la hausse de TVA : il a décidé de la création d'une mission qui réfléchira l'avenir des librairies.

 

Plusieurs informations ont ainsi jailli.  D'abord l'idée d'une taxation de toute commande de livre, internet compris, qui serait alors une cagnotte pour aider les indépendants. Une idée très dans l'air du temps, qu'Aurélie FIlippetti avançait pour les socialistes, mais que l'UMP apprécie au point de l'avoir intégré dans sa Convention Culture. Mais d'autres outils sont au menu : plus forte présence du Centre National du Livre, surveillance accrue dans l'application du prix unique du livre ou encore... Oh, surprise, l'interdiction d'inclure les frais de port dans le prix de vente final. Une extension de la précédente solution, évidemment, et qui va faire plaisir au Syndicat de la librairie française, resté perdant contre Amazon sur le sujet. 

 

Sur un autre domaine, c'est en s'appuyant sur les conclusions d'un second rapport signé de Pierre-François Racine, que le ministre de la Culture va pouvoir effectuer quelques ajustements. 

 

Selon Matthieu de Montchalin, président du SLF et membre également de la commission : « Certaines ne requièrent toutefois pas d'intervention de l'État, mais concernent l'interprofession : nous pouvons commencer à y travailler. Elles se veulent originales, concrètement applicables, avec chacune un impact sensible sur l'économie des librairies indépendantes. » (via Les Echos)

 

Mobilisation des éditeurs et de Volumen

 

En parallèle, pas moins de vingt-sept éditeurs ont décidé de la signature d'un contrat à mettre en place avec les libraires, sur l'initiative de Volumen, leur diffuseur. Cette décision a pour but de « de contribuer au maintien, sur l'ensemble du territoire, d'un réseau de librairies de qualité capables de participer à la diffusion des œuvres de création ». Et dans leur communication, les éditeurs d'assurer que l'accord « renforcera nos liens historiques avec la librairie indépendante en lui offrant la possibilité d'accéder à des rémunérations complémentaires ». 

 

 

 

Plusieurs solutions seront mises en articulation autour de ce projet : mise en avant de livres, vitrines particulières, exposition prolongée de nouveautés et permanence soutenue pour le fonds de catalogue. L'idée générale est bien de parvenir à faire se rencontrer les livres et leur public, en donnant le maximum de chance à ces rencontres. Les contrats, « d'une durée d'un an, seront animés, tout au long de l'année, par des échanges réguliers avec nos représentants »

 

Les signataires sont :

Editions de La Martinière,  les Editions du Seuil, Tallandier, Arléa, les Editions de Minuit, les Editions  de l'Olivier, la Bibliothèque nationale de France, les éditions Viviane Hamy,  Sabine Wespieser, Anne-Marie Métailié ou Zulma et le distributeur Volumen.

 

Poursuivre les discussions, impérativement

 

Frédéric Mitterrand toujours, invite par ailleurs les personnes sensibilisées au sujet à la présentation du rapport « Soutenir la librairie pour consolider l'ensemble de la chaîne du livre : une exigence et une responsabilité partagées ». Le 19 mars, au Salon, sera donc présentée cette étude, à 12h15, scène des auteurs. Juste avant, les mêmes sujets seront évoqués durant la rencontre organisée, de 11 heures à 12 heures 30 (scène des auteurs – stand U 84), au Salon du livre par le SLF en présence d'Aurélie Filippetti pour représenter François Hollande, d'Hervé Gaymard, pour représenter Nicolas Sarkozy, de plusieurs responsables de groupes d'édition (Antoine Gallimard, Alain Kouck - Editis, Teresa Cremisi - Flammarion, Olivier Bétourné - Seuil, Francis Lang - Hachette livre) et du Président du SLF, Matthieu de Montchalin.. 

 

L'étude a fait réagir le SLF, qui affirme en retenir les points suivants :  

  • créer un fonds interprofessionnel destiné à accroître significativement les aides aux librairies indépendantes, au niveau de leur trésorerie et de leur exploitation. Sur le modèle du « centime CLIL », ce fonds s'appuierait sur une contribution très faible, mais assise sur l'ensemble des commandes de livres. Sa gestion pourrait être confiée au Centre National du Livre, ce qui renforcerait la place de cet acteur au coeur de la chaîne du livre ;
  • favoriser la concertation et le règlement des litiges au sein de la chaîne du livre en mettant en place un collège qui puisse à la fois rendre des expertises sur des sujets d'intérêt général et jouer un rôle de « facilitateur » dans la relation éditeurs/libraires ;
  • renforcer les interventions du Centre national du livre en faveur des librairies. Le CNL, premier partenaire public financier des libraires, consacre aujourd'hui 5% environ de son budget aux aides directes à la librairie ; 
  • renforcer le prix unique du livre :
    • en engageant une réflexion sur la suppression du rabais de 5 % sur le prix de livre, ce qui permettrait aux libraires de regagner environ 2 % de marge lorsque leur rentabilité nette est aujourd'hui à peine supérieure à zéro ;
    • en interdisant la gratuité des frais de port sur Internet qui constitue un rabais déguisé sur le prix des livres ;
    • en rendant la Direction de la concurrence compétente pour veiller à l'application du prix unique du livre.
  • mobiliser le monde de l'éducation autour des enjeux de la librairie (semaine de l'école en librairie) ;
  • développer la formation et l'accompagnement des libraires, notamment ceux entrant dans la profession ;
  • améliorer les délais de livraison des livres en librairie, afin, notamment, d'être plus compétitifs par rapport à la vente en ligne ;
  • mieux valoriser le label LIR et encourager les collectivités à généraliser les exonérations fiscales en faveur des librairies bénéficiant de ce label ;
  • rendre plus lisibles et plus simples d'accès les différents dispositifs d'aide aux libraires ;

 

En outre, souligne le SLF, plusieurs premières mesures mises ont été en œuvre par les éditeurs-diffuseurs depuis les Rencontres nationales de la librairie de Lyon (mai 2011). Celles-ci sont résumées et publiées sur le site du SLF

 

« Le SLF rappelle que les libraires attendent également beaucoup de la mission sur l'accès des librairies aux marchés publics de livres, lancée par les ministres de l'Économie et de la Culture. En effet, alors que la loi de 2003 avait permis de rééquilibrer la répartition des marchés du livre, la tendance actuelle montre que les libraires sont de nouveau de plus en plus évincées au profit de grossistes opérant au niveau national. 

 

Le SLF poursuit ses discussions avec les éditeurs-diffuseurs afin d'améliorer et d'étendre à un plus grand nombre de fournisseurs ces premières mesures. Il insiste sur la nécessité de répondre à la fois aux difficultés de rentabilité et de trésorerie rencontrées par les libraires et de faire bénéficier de ces mesures l'ensemble des librairies, y compris les plus petites d'entre elles qui souffrent plus particulièrement.

 

La mobilisation de tous, libraires, éditeurs-diffuseurs et pouvoirs publics est nécessaire afin de répondre aux défis auxquels font face aujourd'hui les librairies indépendantes et assurer ainsi leur avenir. Il en va de la qualité et de la richesse de la création éditoriale et du développement de la lecture. »