Un inédit de Samuel Beckett publié 80 ans plus tard

Louis Mallié - 31.03.2014

Edition - International - Beckett - Conte - Posthume


Si le temps détruit tout, il permet aussi à ce qui avait été oublié de paraître au grand jour. C'est le cas d'une oeuvre inédite de Samuel Beckett qui sortira le 17 avril prochain, précise The Observer sur le site de The Gardian. Écrite pour le recueil de contes Bande et Sarabande  publié en 1934, l'écrivain irlandais avait vu l'éditeur refuser l'oeuvre, trop obscure pour l'époque.

 

 

Bones are Echoes

 

John Lester, CC BY 2.0

 

Echo's Bone. C'est le nom de ce texte de 13.500 mots qui verra enfin le jour. Envoyé à la demande de l'éditeur afin de compléter le recueil, celui-ci lui avait alors répondu :« C'est un cauchemar… Cela me met les nerfs en pelote… Echo's Bone décontenancerait un grand nombre de lecteurs j'en suis certain… Les gens vont en trembler, ils seront perplexes et mal à l'aise ; et ils n'auront pas spécialement envie de se plonger là-dedans. » Ce à quoi il ajoute : « Je déteste avoir à dire ça. » Juste après le refus de son histoire, Beckett avait écrit à un ami être « découragé » de voir refusée une oeuvre « dans laquelle quelque j'ai mis tout ce que je connaissais et tout ce dont j'étais conscient.  »


Le conte inédit sera publié le 17 avril prochain dans une édition présentée par le docteur Mark Nixon, de l'université de Reading. Président de la Samuel Beckett Society et auteur d'un vaste travail sur l'écrivain, il précise dans son introduction : « Le mérite littéraire de Echo's Bone est évident ; c'est un document clef. » Selon lui, cet échec aurait encouragé Beckett à écrire un poème du même nom, et à utiliser à nouveau le titre pour son premier recueil de poèmes Echo's Bones and Other Precipitates, publié en 1935.


Dans son introduction, Nixon remarque lui-même qu'on ne peut que comprendre le choix de l'éditeur : il s'agit là selon lui d'une histoire « difficile pour l'époque », ajoutant : « Mais si l'oeuvre est quelque peu sauvage et indisciplinée, elle n'en est pas moins brillante… Echo's Bone est sans aucun doute la plus largement allusive, joycéenne de toutes ses premières oeuvres. Linguistiquement et structurellement parlant, l'histoire utilise aussi bien la science que la philosophie, la religion et la littérature… Mélangeant le conte de fées, le rêve gothique, et les mythes classiques Echo's Bones est une histoire fantastique remplie de géants, de cabanes, de mandragores, d'autruches et de champignon, jouant sur les traditions du folklore popularisé par Yeats et les frères Grimm. »

 

De quoi intriguer, en effet. Quant à la raison d'un si long oubli ? Ce serait Beckett lui-même. « Tout au long de sa vie, Beckett est resté très critique vis-à-vis de son travail des années trente, et il était réticent à l'idée de le faire rééditer », précise l'universitaire. Edward Beckett, le neveu et exécuteur testamentaire a confirmé l'intérêt de l'oeuvre pour l'héritage de l'écrivain : « C'est un texte particulièrement important. C'est une bonne chose qu'il soit finalement publié. » Prix Nobel de littérature en 1969 et mort en 1989 à Paris, Samuel Beckett verra donc son travail encore enrichi par ce conte atypique. Et en attendant de pouvoir découvrir l'oeuvre entière, on se bornera donc en à lire un extrait.

 

The dead die hard, they are trespassers on the beyond, they must take the place as they find it, the shafts and manholes back into the muck, till such time as the lord of the manor incurs through his long acquiescence a duty of care in respect of them.

 

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