Un jeune écrivain algérien accusé d’insultes envers l’Islam

Elodie Pinguet - 10.03.2017

Edition - Justice - écrivain Algérie - Anouar Rahmani - blasphème Islam


Le jeune écrivain Anouar Rahmani a été interrogé le 28 février, accusé d'insultes à l'Islam. Dans un communiqué du 8 mars, Human Rights Watch revient sur l’affaire. Le roman de l’étudiant, La ville des ombres blanches, serait contraire aux bonnes mœurs. L’organisme appelle les autorités d'Algérie à abandonner les poursuites et ainsi protéger la liberté d’expression.

 

Anouar Rahmani, via son profil Facebook

 

 

Le jeune étudiant romancier de 25 ans était interpellé par la police de Tipaza le 28 février dernier. Il aurait insulté l’Islam dans son roman La ville des ombres blanches, publié sur internet en août 2016.

 

D’après le jeune auteur, il aurait été interrogé par sept policiers. Deux principaux points poseraient problème dans son roman. Dans un des chapitres, un enfant discute avec un homme sans-abri se prenant pour Dieu qui « affirme avoir créé le ciel à partir de chewing-gum ». Il faut également savoir que l’histoire aborde la relation homosexuelle entre « un combattant pour l’indépendance et un colon français pendant la guerre d’Algérie ».

 

Au cours d’un interrogatoire de dix heures, Anouar Rahmani a du répondre à des questions telles que : « Est-ce que vous priez ? », « Pourquoi avez-vous insulté Dieu ? » ou encore « Pourquoi avez-vous écrit un tel roman ? » Selon eux, l’ironie présente dans le roman blasphémerait l’Islam tandis que le vocabulaire parfois sexuel serait contraire aux bonnes mœurs.

 

Selon la directrice de la division Moyen-Orient de l’Human Rights Watch, « Il n’appartient pas à la police d’interroger des écrivains au sujet de leurs croyances religieuses. » De son côté, Rahmani avance que « le plus grand blasphème c’est de croire que Dieu puisse être offensé par un roman, et qu’il est si faible qu’il a besoin d’être défendu par la police ».

 

Un procès-verbal a été rédigé dans le cadre de l’article 144 bis du Code pénal pour celui qui « offense le prophète » et « dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam ». Si le procureur décide de l’inculper, Anouar Rahmani risque trois à cinq ans de prison et une amende pouvant s’élever jusqu’à 100 000 dinars.

 

L'Algérie impose des règles strictes sur l'import de livres religieux 

 

Cette affaire vient poser le problème de la liberté d’expression autour de la religion. Selon Human Right Watch, ces lois qui pénalisent « la diffamation de la religion sont incompatibles avec les normes internationales de la liberté d’expression ».

 

a liberté d’expression est menacée si elle exclut certaines thématiques. Dans la Constitution algérienne, deux articles entourent cette liberté. L’article 42 parle de « la liberté de pensée et de conscience » tandis que le 44 protège « la liberté de création artistique ».

 

Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies précise, dans le cadre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qu’il est inacceptable que « les interdictions des manifestations de manque de respect pour une religion ou pour tout autre système de croyances, y compris les lois sur le blasphème (…) soient utilisées afin d’empêcher les critiques de dirigeants religieux ou les commentaires sur une doctrine religieuse et les préceptes de la foi, ou afin de punir leurs auteurs. »

 

Une émission de télévision censurée à cause d'un livre, Paris Alger

 

En septembre dernier déjà un certain Slima Bouhafs a été condamné à trois ans de prison par la Cour d’appel de Sétif pour ses posts Facebook « portant atteinte à l’Islam ».