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Un jeune romancier de 68 ans crie au racisme anti-vieux

Victor De Sepausy - 01.08.2017

Edition - International - atelier écriture créative - auteur âge discrimination - Iowa université


Dan Thomson est avocat et auteur, autodidacte. Âgé de 68 ans, il pensait pouvoir prendre part à un programme d’écriture, l’Iowa Writers' Workshop. Près de 97 % des candidats ayant souhaité y accéder ont été recalés à l’entrée. Mais pour Dan, c’est bien à cause de son âge qu’on l’a rejeté...



L'Iowa Writers' Workshop
 

 

Au cours des cinq dernières années, aucun des 105 candidats de plus de 51 ans qui ont postulé n’a été accepté, relève l’avocat. Et pour lui, aucun doute : « Il semble que ce soit un programme destiné aux Milleniums. J’aurais cru qu’il y aurait une plus large catégorie d’âge. »

 

L’Iowa Writers' Workshop est l'un des programmes d’écriture créative les plus prestigieux du pays. S’en voir écarté est alors devenu inacceptable pour l’écrivain en herbe, qui a déposé une plainte auprès du Bureau des Droits civils du ministère de l’Éducation. 

 

Fondé en 1936, le programme d’écriture a vu sortir plusieurs auteurs aujourd’hui renommés – Raymond Carver, par exemple, ou Ann Patchett, et bien d’autres. On y a également retrouvé Marilynne Robinson, lauréate d'un prix Pulitzer pour Gilead, et qui fut interviewée par le Président Barack Obama, dans le New York Times. Dispensé à l’université de l’Iowa, il est assuré par Loren Glass, l’une des plus efficaces dans ce domaine.

 

Elle se défend d’ailleurs de toute discrimination : « Il est difficile d’être admis à cet atelier. » Mais pas question de reconnaître le moindre travers dans la sélection. Pourtant, entre 2013 et 2017, on constate bel et bien que la majorité des auteurs retenus est âgée entre 18 et 35 ans – soit 89,8 % des candidats. Et la moitié des 135 étudiants avait entre 18 et 25 ans...

 

La plainte de Thomson, lancée ce 24 juillet, pointe bien évidemment ce fait. Et il assure en avoir débattu avec l’un des responsables du Bureau pour l’égalité des chances de l’université, Steven Wehling. Ce dernier rappelle que les candidats sont sélectionnés sur le critère des textes qu’ils font parvenir, et certainement pas de leur âge.

Entre 800 et 1 000 personnes postulent chaque année, pour le secteur fiction, avec 25 places seulement disponibles. Pour l’heure, les fonctionnaires du ministère de l’Éducation ont refusé de faire le moindre commentaire quant à la plainte. Le Bureau des Droits civils, sous tutelle du ministère, a affirmé qu’il ne réagirait pas non plus. 

 

Actuellement, trois enquêtes ont été déclenchées, deux portant sur une discrimination sexuelle, une pour une discrimination raciale. Au cours de l’année 2015, trois cas ont été ouverts. Mais jusqu’à présent, aucune plainte n’avait encore été portée concernant l’âge du postulant.

 

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Thomson avait beaucoup apprécié les cours d’écriture créative qu’il avait suivis dans les années 70, quand il était à l’université. Et sa procédure juridique découle avant tout d’une reconnaissance, pour les seniors, de la possibilité de prendre part à cet atelier. Il ajoute : « Ce n’est pas un préjugé contre les jeunes, qui affirmerait : “Vous n’avez pas assez d’expérience.”. »
 

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Mais l’avocat n’en revient pas... « C’est peut-être vaniteux de ma part... mais j’ai une opinion assez haute des deux textes que j’ai présentés. » Il est par ailleurs l’auteur d’un roman politique autopublié, de 102 pages, intitulé The Candidate. Une aventure dans laquelle il s’est lancé de lui-même, voilà deux ans. 


via Press Citizen


Gilead – Marilynne Robinson, trad. Simon Baril – Editions Actes Sud – 9782330043438 – 8,70€