Un journal attaqué en justice pour l'interview d'un pirate d'ebooks

Antoine Oury - 02.09.2013

Edition - Justice - piratage d'ebooks - interview - action en justice


Avec l'interview du webmaster du site boox.to, le journaliste du Tagesspiegel Kolja Mensing pensait tenir un point de vue différent et inédit sur l'industrie de l'édition numérique en Allemagne. L'entretien, repris par Die Zeit, lui a finalement valu une plainte pour complicité d'infraction de la propriété intellectuelle, par un tiers inconnu.

 


Pirates Splashdown!

La piraterie, ça éclabousse... (Christian Lambert Photography, CC BY-ND 2.0)

 

 

L'entretien, paru le 25 août dernier, aborde plusieurs sujets qui motivent l'action des pirates de livres numériques, et notamment les prix de ces derniers dans l'offre légale : « Les éditeurs doivent fixer un taux forfaitaire » avance ainsi « Spiegelbest », pseudonyme utilisé par l'interviewé, qui suggère aux éditeurs de mettre en place des offres du type Spotify pour sauver leur mise.

 

La raison avancée par le plaignant serait la mention du site pirate, qui inciterait selon lui le lecteur au téléchargement illégal : « Avec la mention directe et à plusieurs reprises de l'adresse Internet, le lecteur est directement informé des produits illégaux que peut fournir le site. La mention directe n'était pas nécessaire dans le cadre d'un article journalistique objectif », assure ainsi la plainte.

 

Dès son dépôt, la plainte a été créditée de peu de chances d'aboutir, d'autant plus que le journaliste garde une distance certaine avec les activités du site boox.to : « Vous avez conscience que le site Boox.to enfreint les lois en vigueur, n'est-ce pas ? » est ainsi sa première question à son interlocuteur. De plus, le Tagesspiegel n'affiche aucun lien vers le site en question...

 

Comme le rappellent The Digital Reader et le Parti Pirate allemand, qui s'est exprimé sur la question, un autre média s'était retrouvé au tribunal pour une affaire similaire, en 2005. À l'époque, l'interview du développeur d'un outil de suppression des DRM avait valu au journal Heise.de 8 plaintes pour infraction du copyright, qui s'étaient finalement soldées par un non-lieu après 5 années de procédure.

 

Il aura fallu moins de temps au plaignant, cette fois, pour se rendre compte de l'aspect abusif de ses reproches : quelques heures après le dépôt de la plainte, celle-ci était finalement annulée.