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Un juré du prix Nobel explique la nomination de Bob Dylan

Elodie Pinguet - 21.12.2016

Edition - International - Bob Dylan prix Nobel littérature - Académie Nobel - chanteur poète


C’est une décision qui a fait polémique et a longtemps alimenté les conversations. Décerner le prix Nobel de littérature au chanteur Bob Dylan était cependant un choix mûrement réfléchi et justifié. C'est du moins ce qu'a expliqué Horace Engdahl, membre du prix Nobel, à l'occasion d'un passage à Paris, ce 15 décembre.

 

Duluoz Cats, CC BY NC ND 2.0

 

 

Le Nobel de la littérature pour un chanteur, c’était une grande première depuis la création du prix en 1901. L’annonce a divisé les foules et le mutisme du chanteur aura contribué à alimenter la polémique. Si la plupart se demandent toujours les raisons de ce choix, Horace Engdahl, juré, l’a justifié lors d’une soirée organisée au Cercle suédois à Paris.

 

Pour lui, il était important de récompenser et mettre en avant « l’art de la parole », qui va au-delà du livre et de l’écriture : « La poésie était chantée jusqu’au XVIIIe siècle environ. » Il cite en exemple pour appuyer ses paroles un célèbre troubadour suédois, Carl Michael Bellman, qui avait gagné les faveurs du roi de Suède Gustave III : « Lui aussi a composé avec l’aide de la musique de son temps, s’inspirant de mélodies, de musique française, d’opéras comiques, de vaudevilles, ou encore de Rousseau. Comme Dylan, il a fait de longs poèmes, avec la même richesse de langages, de thèmes... »

 

Deuxième justification apportée, Bob Dylan et ses chansons seraient dans une veine différente de celle du « narcissisme de l’ère littéraire actuelle ». Ainsi les textes de Bob Dylan seraient différents de ceux que l’on croise ou entend habituellement : « Ce qu’il décrit dans ses chansons, ce n’est jamais lui-même. (...) Il n’y en a aucune où on le reconnaîtrait. » Il est donc ce qu'on peut qualifier de poète-chanteur.

 

Bob Dylan ne chante donc pas sur Bob Dylan. Selon Horace Engdahl le problème récurrent en outre-Atlantique est « qu’aux États-Unis, on traduit peu et mal. Ce qui est bien traduit est publié dans des éditions très restreintes. La littérature mondiale n’est pas connue aux États-Unis ». 

 

Or, dans le cas du chanteur Bob Dylan, cette idée ne s’applique pas « car son œuvre est empreinte des textes de poètes du monde entier ». Il prend par exemple son de plusieurs grands auteurs, après avoir vécu chez un couple doté d’une grande bibliothèque : « Il a dévoré La Tentation de saint Antoine de Flaubert, du Leopardi, Dante, Ovide. Ses chansons sont empruntes de toutes ces influences. » 

 

Dylan se nourrit de la littérature mondiale, et c’est ce qui fait la force de ses textes.

 

Élire Bob Dylan comme prix Nobel s’est fait sans tension, mais sur le long terme : « Cette discussion a été entamée il y a quatre ans. La procédure est très longue. Quand un candidat apparaît sur une première liste, il faut attendre plusieurs années, prendre le temps de lire, relire, digérer une œuvre. Cette année la décision s’est faite sans conflit. »

 

Une chose est sûre, ce n’est pas une décision prise sur un coup de tête, mais bien le résultat d'une réflexion de plusieurs années.

 

 

Via LeMagazineLittéraire