Un label universitaire certifie la véracité scientifique des romans

Nicolas Gary - 10.01.2013

Edition - International - science-fiction - littérature policière - label


L'idée que la science-fiction puisse contenir une part de réel est amusante. Et plus encore, dans le prolongement, que cette littérature permette d'enrichir la réalité : en tant que réservoir à idées, la SF pourrait alors apporter des solutions autant que des projets à concrétiser. Eh bien l'Académie des Sciences de Washington a décidé de se pencher sur la question. Et de donner un label scientifico-friendly.

 

C'est en 1898 que le groupe a été cofondé par Alexander Graham Bell, et voilà qu'il a mis un en place un label de qualité, assurant qu'un roman de SF remplit les impératifs de véracité scientifique les plus élémentaires. Tous les romanciers qui sont intéressés par ce label peuvent prêter le flanc à l'épreuve de la lecture scientifique et l'oeuvre à la lecture critique. Pour obtenir la petite pastille qui garantit la véracité des propos, il faudra simplement soumettre son travail à l'organisation, qui le fera lire et relire par les pairs. 

 

Ce programme de certification est en place depuis le mois de juin, mais n'avait pas été véritablement mis en valeur jusqu'à lors. Quatre romans ont déjà été accrédités par la WAS, Washington Academy of Sciences, rapporte la BBC. L'avantage c'est que les romans ne sont pas cantonnés à la SF : les auteurs de romans policiers désireux de garantir leurs propos et d'ancrer leur narration dans des faits solides - examen de balistique, description d'autopsie, et d'autres encore - peuvent également solliciter la WAS. 

 

 

Le label de la WAS

 

 

Peg Kay, écrivain et membre du WAS s'en désole d'ailleurs : « On trouve publiée tant de science de pacotille... les éditeurs sont désormais des business men et tournent la fonction éditoriale vers les agents. Or, tous les agents sont principalement intéressés par le marché de masse. Personne ne sait ce qu'il faut croire [comme authentique, NdR] , parce qu'il n'existe pas de filtre. »

 

De fait, la science, telle que le public la lit, la voit à la télévision, ou l'entend, à la radio, n'est pas forcément exacte, ni même réaliste. Les auteurs à succès jonglent avec des présupposés, des a priori, et tous ne prennent pas le temps de confronter leur fiction à l'état actuel de l'art. Ainsi, plus on entre dans des questions techniques, ou des éléments pointus, de spécialistes, plus le risque de voir une erreur se glisser, et rendre une scène complètement impossible s'immisce dans le récit. 

 

D'ailleurs, n'est pas Isaac Asimov qui veut, et il n'est pas nécessaire d'être un solide matheux pour inventer des romans qui s'appuieraient sur des connaissances scientifiques modernes. L'auteur a une idée, la travaille et s'accommode par la suite, sans savoir qu'il commet un contresens tragique, pour l'authentique médecin légiste qui lirait le livre, ou simplement l'étudiant en médecine... 

 

De fait, la question se pose de plus en plus, alors que les technologies de l'information peuplent notre quotidien. On met des tablettes, des smartphones, des outils de triangulation et s'inspirer des satellites qui naviguent sur nos têtes, pour donner une atmosphère de cybermonde, data oppression, etc. 

 

Dans un roman où l'on supposerait que les implants médicaux permettent d'être vulnérables au piratage informatique, la moindre des choses serait de ne pas confondre cheval de Troie, vers et virus... Mais après tout, dans science-fiction, il existe avant tout le terme fiction : inutile de revenir, peut-être, à une époque où le roman devait refléter strictement le réel. On risquerait de redécouvrir Zola...