Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Un libraire de Seattle claque la porte au nez d'Amazon

Clément Solym - 24.06.2011

Edition - Société - editeur - libraire - amazon


C'est drôle, quand David rencontre Goliath, et qu'il lui fait simplement un pied de nez, et le planter là, comme un idiot de géant qu'il peut être. De la même manière, un libraire indépendant qui tire la langue à Amazon, c'est toujours particulièrement plaisant. Et dans quelles conditions !

JB Dickey est propriétaire de sa librairie, la Seattle Mystery Bookshop, et vient de refuser radicalement une proposition d'Amazon, qui proposait d'organiser une signature, et la vente de livres, en provenance de Thomas & Mercer, la maison d'édition du cybermarchand.

Sur son blog, le propriétaire explique les raisons pour lesquelles il a envoyé promener Amazon.

Entretien avec un vampirisateur

Le tout avec un argument simple : impossible de serrer la main du diable, et de dire que cela ne prête pas à conséquences. Tout un échange s'en est suivi entre le libraire et l'auteur, qui l'avait contacté pour lui soumettre l'idée d'une dédicace chez lui. Réponse de l'intéressé :

« Désolé de vous répondre que nous ne pouvons pas vous accorder une séance de dédicace. Nous ne pouvons rien faire pour soutenir, aider ou rendre service à Amazon. C'est l'ennemi des librairies indépendantes, et les aider, que quelque façon que ce soit, et surtout en commandant des livres et en les vendant, tout en lançant une promotion, serait du suicide. Les choses sont assez complexes, sans nous trancher la gorge nous-mêmes. »

Et l'auteur n'en démord pas : si Amazon est facile à diaboliser, il fait au contraire tout pour aider les indépendants, en leur envoyant des auteurs en dédicace, qui feront vendre des livres, et tourner le commerce des libraires. « Si je ne le croyais pas, je n'aurais pas signé avec eux », ajoute l'auteur.

Évidemment, si l'on prend en compte les bases de données qu'Amazon a pu mettre en place, il serait facile de contacter parmi ses clients les 10, 30 ou 100 personnes susceptibles d'être intéressées par tel ou tel ouvrage. Et l'assurance donc d'un petit succès à découvrir dans la librairie.

Ah vous chantiez ? Eh bien dansez !

Mais on n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace. « Je ne leur fais pas confiance », explique-t-il, tout en demandant comment, en qualité d'éditeur, s'organisent les relations avec les libraires. Pour les retours, pour la relation, pour le prix de vente - « Vendent-ils un même livre à un tarif que je ne peux ou ne veux pas pratiquer, ou à celui que je voudrais ? »

Bonne riposte, et finalement, au diable les nouveaux auteurs. Le grand Capital est à la lisière du bois, armons-nous de fourche et de pelle pour renverser ses tanks et déjouer ses obus.

Après tout, rien ne va aussi bien à une librairie de briques que le... mortier ?

Il faut tout de même noter que le comportement d'Amazon vis-à-vis des auteurs, est évidemment très protecteur : c'est le nerf de la guerre et de la lecture, que d'avoir des gens pour écrire. Mais l'on en apprend un peu plus sur cette relation entre Amazon et auteurs : s'il revient à ces derniers de devenir leur propre attachée de presse, et de démarcher pour obtenir de la visibilité, l'implication d'Amazon éditeur est tout de même réduite...