Un libraire écrit à Amazon : nous ne serons pas une “pittoresque relique”

Nicolas Gary - 26.10.2019

Edition - Société - Jeff Bezos Amazon - lettre libraire Amazon - commerce disruptif internet


“Disruptif”, probablement l’adjectif le plus utilisé de l’univers des start-up numériques toutes plus soucieuses les unes que les autres de verser dans l’originalité. Introduire une rupture avec l’avant, pour incarner l’après, quelle gloire. En la matière, Amazon reste leader du mouvement disruptif, ayant presque rasé les traces de l’avant, pour ne pas laisser grande place à l’après…
 

 

Danny Caine est propriétaire de la librairie Raven, située à Lawrence, dans le Kansas. Il vient de se fendre d’un courrier, consultable sur Twitter, adressé au grand patron d’Amazon. « Votre entreprise a des répercussions déloyales sur toutes les petites entreprises de vente au détail en Amérique », indique-t-il. 

Et si le libraire se fend d’un message, c’est pour tenter d’illustrer ce propos. À commencer par le livre, qui reste leur point commun — façon de parler.
 

La marge, pas vraiment à la marge


« Corrigez-moi si je me trompe, mais il semble bien que le volet livre de votre société soit modelé de la manière suivante : vendre des livres à tout prix en augmentant le volume d’abonnements Premium, Kindle, Alexa ainsi que des autres produits à marge plus élevée. » Le bouquin, produit d’appel chez Amazon, Jeff Bezos ne s’est jamais caché de cette stratégie…
 
Mais avec pour conséquence de dévaluer le livre. « Les gens s’attendent à ce que les grands formats soient à 15 $ et les livres de poche à moins de 10 $. » Des valeurs qui deviennent cauchemardesques pour les librairies et leurs résultats financiers, de toute évidence. 

Or, en plus d’avoir des conséquences économiques, c’est l’image même du Livre avec un grand, grand L, qu’Amazon aura participé à détruire. Enfin, à disrupter. « Ce n’est pas seulement une question de concurrence commerciale. […]. Mais la manière dont vous avez mis les choses en place nous empêche de rivaliser avec vous. »

Car l’industrie des nouvelles technologies a effectivement introduit cette dimension disruptive, par laquelle elle bouleverse l’Ancien Monde, « avec des trucs plus élégants et plus efficaces ». Sauf que le libraire refuse de devenir une breloque ou une relique pittoresque, et ne sent pas vraiment ce vent de la disruption comme acquis pour sa profession. 

« Nous sommes des moteurs de la communauté. Nous créons des programmations gratuites. Nous donnons des bons d’achat à des organisations caritatives. Nous travaillons en partenariat avec les bibliothèques et les organismes artistiques », énumère le libraire. 
 

De la Terre à la Lune

 
Bien entendu, ces activités peuvent apparaître assez dérisoires pour un bonhomme qui convoite, littéralement, d’aller sur la Lune. « Pour de nombreux endroits, perdre une librairie indépendante implique la disparition d’une force communautaire. Si votre expérience de vente au détail nous perturbe jusqu’à risquer l’extinction, vous ne menacez en réalité pas d’anciennes méthodes de travail désuètes : vous menacez les communautés. »


pixabay licence

 
Et toc. Mais au final, quitte à s’adresser à Jeff Bezos, que lui demander ? « Certains de mes pairs veulent briser votre entreprise. D’autres veulent la nationaliser. Certains souhaitent la faire disparaître de la Terre », souligne-t-il. Et il existerait bien des revendications plus raisonnables : comme de cesser la vente de contrefaçon, de favoriser un modèle de livraison qui met en danger la vie des livreurs eux-mêmes, ou encore de cesser de contribuer à la constitution d’un État policier par le biais des enceintes connectées. 

Ou plus encore : d’arrêter l’exploitation des salariés dans les entrepôts, pressurisés jusqu’à épuisement. 
 


Mais le libraire se montre plus malin : pour peu que sa demande soit écoutée, il invite Jeff Bezos à jouer en gentleman. Permettre à chacun de travailler en bonne intelligence, de créer des emplois dans les librairies, ce qu’Amazon empêcherait à cette heure. Mettre un terme à cette logique disruptive constante et écrasante.

 
Et de conclure que peut-être même, rêvons tout haut, il sera possible de parler autour d’une part de tarte et d’un café, de toute cette méthodologie qui finit par broyer les êtres, et leur société. Pourquoi pas dans le petit café qui est en face de la librairie Raven, d’ailleurs.

« J’adorerais vous faire découvrir la communauté de petites entreprises dynamiques qui s’est constituée ici, au Kansas, sur Terre. Cela vous aidera peut-être à comprendre que certaines choses n’ont pas besoin d’être disruptées. »

À bon entendeur...


Commentaires
Scarlet Librairwitch: "You took everything from me!"

Jeff Thanos: "I don't even know who you are."
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