Un libraire organise un enterrement de première classe au Kindle, l'ennemi

Clément Solym - 01.06.2012

Edition - Librairies - Kindle - enterrement - Angleterre


Le célèbre festival britannique de Hay-On-Wye s'est éveillé hier au son d'un étonnant appel. Un des libraires de la ville, Derek Addyman, qui possède trois bouquineries sur place, a en effet appelé à ce que l'on ne fasse pas de place aux ennemis, les lecteurs ebook. Stigmatisés par le plus représentatif de tous : le Kindle, à qui il a aménagé une pierre tombale. 

 

Le Daily Mail fait en effet part de cette initiative assez incongrue. « Le Kindle n'a pas sa place dans ce festival, qui est supposé célébrer le texte écrit et les livres. Les libraires souhaitent qu'ils soient définitivement ostracisés. Les gens que vous voyez dans la rue et qui se promènent avec un Kindle sont comme des robots, venus d'un autre monde. Les livres sont socialisants et les gens s'arrêtent et se parlent les uns les autres de leurs livres. Les Kindles ne sont qu'un effet de mode, et ils ne dureront pas. Ils sont nos ennemis. »

 

S'il fallait faire plus clair, comme déclaration de guerre, cela sera un brin compliqué. Et la révolte a pris une tournure assez macabre, lorsque le libraire en question assure que les lecteurs ebook « n'ont pas d'âme », contrairement aux livres papier qui en possèdent deux, c'est bien connu… 

 

 

 

C'est qu'au cours de l'année passée, cinq des trente librairies de la ville ont fermé. De plus en plus, les lecteurs se tournent vers ces appareils, pour acheter leurs ebooks et surtout, les payer moins cher. De là la vendetta amorcée, qui passe par les racolages les plus attendus : « Les livres ont des pages, vous pouvez les plier et les tourner. Ils sont sexys. Un Kindle, c'est un écran, pas un livre et ce n'est certainement pas sexy. Vous ne pouvez pas donner un coup de Kindle à un ami comme vous pouvez le faire avec des livres. Les Kindles ne peuvent pas être recyclés, contrairement aux livres. »

 

Mais ce n'est effectivement pas sur ces considérations esthétiques que repose le fond du problème : « Nous avons vu une demi douzaine de librairies se retirer des affaires cette année. Sans le soutien des gens qui viennent dans les magasins, nous n'aurons plus aucun des vendeurs indépendants qui resteront, d'ici quelques années. »

 

Que l'on aborde la question des lecteurs ebook sous l'angle du gadget montre bien que l'attention reste focalisée non pas sur les perspectives de lecture à venir, mais bien sur les problématiques sociétales qui aujourd'hui sont déplorées partout dans le monde.

 

Sauf que le festival de la Hay, c'est l'occasion pour des libraires, plus particulièrement spécialisés dans les livres anciens et rares, de proposer des oeuvres inédites et de mettre en avant leurs ouvrages. Des titres qui ont une véritable existence physique, au-delà du fait qu'ils soient imprimés. On pourrait même parler de contenance, face à un ouvrage relié, un vieux manuscrit avec une couverture en peau, et ainsi de suite. 

 

Mais un porte-parole de la manifestation tente de calmer les esprits : « Tout ce qui encourage les gens à lire, dans n'importe quel format, est un bienfait. » Difficile à entendre, évidemment, pour une profession qui n'est pas indispensable dans la commercialisation de ces nouveaux formats de livres… 

 

Près de 250.000 personnes sont attendues pour ces 10 jours de festival.