Un livre inédit sur Kim Philby, l'espion russe aimé du MI6

Antoine Oury - 25.02.2014

Edition - Société - Kim Philby - MI6 - KGB


Un livre à paraître chez Biteback promet son lot de révélations : l'un des hommes les plus mystérieux et controversé de l'espionnage britannique, Kim Philby, agent double au service du KGB, a été longtemps défendu par ses propres collègues de l'agence britannique, alors que les soupçons pesaient sur son intégrité. Tim Milne, officier du MI6 aujourd'hui décédé, raconte dans ce livre posthume l'incroyable relation développée entre Philby et les hommes de l'agence.

 


MI6

L'immeuble du MI6, à Londres (Steve Cadman, CC BY-SA 2.0)

 

 

Entre 1940, date de son intégration au MI6, et le milieu des années 1950, Philby a occupé un bureau dans l'immeuble du MI6, et a régulièrement informé l'Union soviétique sur le comportement et la stratégie des Américains et des Britanniques. Dès 1951, des soupçons de contre-espionnage se portent sur Donald Maclean et Guy Burgess, deux amis de Philby qu'il prévient à temps. Ils prennent la fuite pour Moscou, mais rejettent du coup les soupçons sur Philby lui-même.

 

Malgré tout, et pendant près de 12 années, les agents du MI6 couvriront Philby face aux enquêtes pressantes du MI5, l'agence de contre-espionnage, convaincus de son intégrité. « Très peu de gens dans le service ont autant attiré la sympathie et le respect que Kim, et autant d'affection de la part de ceux qui ont travaillé avec lui », explique Tim Milne.

 

Un espion hors pair, donc, qui a su tromper son monde : au moment de sa démission, en 1951, beaucoup sont persuadés que la raison derrière ce choix est diplomatique, et qu'il s'est lui-même limogé pour calmer les ardeurs des Américains, fâchés d'être doublés par les Soviétiques, à Berlin ou en Corée. Sir Stewart Menzies, à la tête du MI6 en temps de guerre, s'est laissé floué, et harassait son homologue du MI5 de faire cesser sa « chasse aux sorcières ».

 

Nicholas Elliott, collègue de Philby, fut envoyé pour recueillir sa confession à Beyrouth, où l'ex-agent avait été dépêché après sa démission, et lorsque les éléments contre lui devenaient trop nombreux. Mais Elliott laissât la fenêtre ouverte lors de la confession, le trafic routier couvrant l'enregistrement, et « omit » de faire signer les confessions écrites de Philby par leur auteur.

 

Nicholas Elliott conseillait tout de même à Kim Philby de revenir à Londres, pour y être entendu, bénéficier d'une protection et d'une remise de peine. L'agent double ne l'a pas écouté, et a préféré monter à bord d'un bateau pour la Russie, en 1962, où il est choyé par l'Union soviétique. Il publiera ses mémoires dans Ma guerre silencieuse, en 1968. 

 

(via The Guardian)