Le moralisme frappe un roman jeunesse : "La prochaine fois, on me brûle ?"

Clément Solym - 08.09.2015

Edition - International - livre adolescent - Nouvelle Zélande - interdiction livre


Le romancier Ted Dawe n’a rien compris : In The River, son livre, comprend bien quelques scènes de sexe, mais de là à l’interdire sur le territoire de Nouvelle-Zélande... Des organisations ont fait savoir que ce livre, destiné à un public adolescent, était trop audacieux : pas question de laisser faire cette commercialisation. Et les librairies qui contreviendraient à l’ordre risquent de 3000 à 10.000 $ d’amende. Velu.

 

Ted Dawe

 

 

La Film and Literature Board of Review, commission chargée de protéger le citoyen de toute agression artistique a tranché ce 3 septembre : le livre de Dawe est interdit. Et ce, en dépit de l’obtention du prix New Zealand Post Margaret Mahy Book of the Year, en 2013. Autrement dit, une récompense nationale. 

 

Mais c’est à la pression que le FLBR aurait cédé : d’abord les parents, puis les bibliothécaires, le mouvement de protestation naissant n’a fait que croître. On a pointé des fautes grammaticales, ainsi que des erreurs orthographiques. Et puis, des représentations trop explicites, pour arriver finalement à condamner la présence et consommation de drogues par les personnages.

 

En août 2014, le livre avait déjà subi les foudres des censeurs : ces derniers s’étaient réfugiés derrière des éléments de la loi, pourtant rarement mis en avant. Des œuvres contenant des « rapports sexuels occasionnels, la prise d’alcool par des mineurs, de drogues, évoquant la criminalité, la violence ou le harcèlement », sont susceptibles de passer sous les fourches caudines.  

 

Parmi les opposants au livre, on retrouve l’association Family First, groupe de pression conservateur et chrétien plutôt acharné, dont le responsable Bob McCoskrie s’indigne. « Nous sommes habilités, en tant que parents, à exprimer nos préoccupations concernant les livres. Nous pensons que la censure est nécessaire pour une œuvre dont les parents ne veulent pas pour leurs enfants. » Et si cela intervient pour les films, pourquoi pas pour les livres ?

 

Plusieurs bibliothécaires, cités dans la presse néo-zélandaise, ne savent plus quoi dire : « Tous les exemplaires qui sont en prêt seront récupérés à leur retour. » Certains sont abasourdis : « Il y a un peu de sexe dedans ? Pour l’amour de Dieu, c’est la vie. Les jeunes lisent ces choses. » Mais surtout, le sens de la mesure a totalement volé en éclat : « Des gens comme Irvine Welsh se retrouvent dans les bibliothèques scolaires, mais ils ne sont pas interdits. »

 

Même l’Association des libraires de Nouvelle-Zélande est perdue : « La décision semble reposer entièrement sur la morale personnelle, plutôt que sur des conseils de professionnels ou un jugement objectif. Si c’est le cas, c’est un comportement troublant, qui a moins de rapport avec “la protection des jeunes” qu’avec une certaine vision du monde. » 

 

Et de rester interdit devant la décision du président de la commission, Don Mathieson, qui entre en totale contradiction avec la vie de l’œuvre et sa réception. « Les premières tentatives de censurer ce livre ont été repoussées, en grande partie du fait de l’indéfectible soutien et des efforts des bibliothécaires et des professionnels. Il est préoccupant de voir que la saga se poursuit, contre leur opinion. »

 

Into The River a pourtant été porté comme l’un des meilleurs romans pour ado qui existent dans le pays. 

 

 

 

Aujourd’hui sous le coup d’une ordonnance de restriction, les bonnes âmes, et les faux culs parlent simplement d’une mise en parenthèse – et pas d’une censure à proprement parler. Il n’empêche que le livre ne peut plus être vendu ni prêté sur l’ensemble du territoire, jusqu’à la décision finale, en octobre prochain. 

 

« Ce livre n’a jamais porté sur le sexe ou la drogue : il parle de harcèlement et des dommages que cela peut occasionner, sur les gens, durant le reste de leur vie. C’est le véritable thème : tout le reste n’est qu’une série d’éléments liés à ce sujet », assure Ted Dawe, particulièrement sollicité et soutenu. « La Nouvelle-Zélande a fait un pas de géant vers cette forme de moralisme régulateur. Je pensais que la plupart des gens le croyaient abandonné, loin derrière nous. »

 

Chassez le naturel, donc ? « J’ai reçu pas mal d’emails de gens qui partagent ce sentiment d’indignation. Est-ce que nous vivons dans un pays où les livres sont bannis ? La prochaine fois, serai-je brûlé ? »

 

(via NZ Herald, ODT, Stuff, Booksellers)


Pour approfondir

Editeur : Pocket
Genre : conflit...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782266092432

Le harcèlement moral

de Marie-France Hirigoyen

Il est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus : cela se nomme violence perverse ou harcèlement moral. Un mot peut tuer. Pour déstabiliser et détruire, les armes de la malveillance, de la manipulation et de la persécution sont innombrables. La perversité ordinaire d'un conjoint, d'un parent, d'un supérieur peut briser un couple, défaire une vie, ruiner une carrière professionnelle. La loi universelle du plus fort règne le plus souvent dans la famille, l'entreprise, la société. L'agresseur mène patiemment son oeuvre paralysante et meurtrière. Sa victime se laisse peu à peu enfermer dans le piège prévu pour son supplice. Comment comprendre, analyser, vaincre le harcèlement psychologique ? Quelles solutions, quelles parades y opposer ?

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