Un livre sur l'art syrien, accusé de terrorisme, se change en best-seller

Orianne Vialo - 13.08.2016

Edition - International - Syria Speaks polémique - livre terrorisme amalgame - Faizah Shaheen Syria Speaks


La semaine dernière, Faizah Shaheen, une passagère d’un vol Turquie-Royaume-Uni de la compagnie Thomson Airways avait été interpellée à l’atterrissage, après qu’un des membres de l’équipage l’a dénoncée à la police… Dans l’avion, elle avait un livre sur l’art syrien, identifié maladroitement par le steward comme dangereux. Depuis, les ventes du livre Syria Speaks: Art and Culture from the Frontline (Saqi Books, 2014), manuscrit qui lui avait valu d’être soupçonnée d’être liée à des activités terroristes, ont décollé. 

 

 

 

D’après la directrice générale des éditions Saqi Books, Lynn Gaspard « l’histoire est devenue virale. La semaine dernière a été chargée ». Depuis que l’affaire a fait les gros titres, l’éditrice a reçu de très nombreuses demandes pour l’ouvrage que lisait Faizah Shaheen.

 

Alors qu’au cours des derniers mois l’ouvrage écrit par Malu Halasa, Maher Omareen et Nawara Mahfoud se vendait très peu — un à cinq exemplaires par semaine — (données récoltées grâce aux chiffres fournis par Nielsen BookScan), les ventes ont été multipliées par 100, quelques jours après que l’affaire a été rendue publique. La maison d’édition a dû réimprimer 1000 exemplaires de l’ouvrage, puis en importer 450 exemplaires directement des États-Unis et 30 autres de Beyrouth, pour pouvoir répondre à la demande des lecteurs.

 

« Nous avions besoin d’importer tous ces exemplaires, car nous avions écoulé nos stocks vendredi dernier », expliquait la directrice générale des éditions Saqi Books. « Je suis fière que des gens continuent de lire ce livre, deux ans après sa publication, même si je regrette ce qui est arrivé à Faizah. Je comprends complètement que l’on doit se montrer vigilant et prévenant, et qu’il s’agit d’un réel problème, mais voyons les gens ! » Elle a d’ailleurs ajouté que la situation en Syrie avait évolué depuis la publication du livre, en expliquant que la situation était chaotique en Syrie. « Mais ces gens [les artistes] sont toujours là [et] leurs voix sont étouffées. C’est un tel privilège d’être associés à ce livre, d’être en mesure de le publier. »

 

Lynn Gaspard s’était exprimée après que Faizah Shaheen a raconté son histoire aux médias en déclarant que l’interrogatoire dont la jeune femme avait été victime était « une triste image de notre époque ». 

 

Une mobilisation générale contre les discriminations

 

La maison d’édition a d’ailleurs twitté « la liberté de lire ne devrait pas avoir de limites. Nous voulons voir vos selfies et shelfies [photographies des bibliothèques, NdR] avec #SyriaSpeaks ! ». Une demande initialement formulée par le directeur d’English PEN, Jo Glanville, qui « condamne la détention d’une lectrice dans le cadre de la loi antiterroriste ».  

 

 

 

L’un des auteurs de l’ouvrage Syria Speaks s’est exprimé à la suite de la polémique : « À une époque où la production créative de la Syrie est plus accessible que jamais, l’Occident ne devrait pas la rejeter comme quelque chose de menaçant ou d’étranger. » Faizah Shaheen, elle, a été très bouleversée par l’expérience. « On a voulu me faire sentir comme une coupable […] j’étais très en colère, excédée. Je ne comprenais pas comment un livre pouvait conduire des gens à me soupçonner comme cela ».

 

Très soutenue sur les réseaux sociaux, elle Faizah Shaheen a déclaré dans un tweet qu’elle avait été très touchée des différents soutiens et encouragements qu’elle avait reçus. « Je suis contente que le partage de cette histoire ait permis de soulever les questions qui doivent être abordées. » 

 

 

 

L'auteur Robin Yassin-Kassab veut lui aussi apporter sa pierre à l'édifice et contribuer à la mise en avant de Syria Speaks. Il va animer un débat le 18 août prochain au festival international du livre d'Édimbourg, sur le thème du refuge, de la migration, et de l'exil. 

 

(via The Guardian