Un livre sur la communauté afro-américaine fait polémique aux USA

Orianne Vialo - 17.08.2016

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Alors que ses précédents ouvrages — Prizefighter En Mi Casa (2006), Feels Like Home (2007), Fat Angie (2013)  avaient bien été reçus par le public, le dernier livre de l’auteure mexico-américaine e.E. Charlton-Trujillo, When We Was Fierce, a reçu un accueil très mitigé. Son éditeur, Candlewick, qui devait publier l’ouvrage le 9 août dernier, a décidé de repousser sa parution à une date ultérieure. Le motif : les personnages du livre parlent un argot que beaucoup considèrent comme incompréhensible et très offensant, mais surtout, le manuscrit serait truffé de préjugés sur la communauté afro-américaine.  

 

 

L'histoire commence par l'intervention de Théo, qui sauve un jeune homme handicapé d'une attaque par les membres d'un gang dans un quartier afro-américain. L'endroit n'est pas très bien famé, et pour renchérir le tout, le chef du gang n'est autre que le frère de Théo. 

 

Sur le site Goodread, les avis divergent concernant When We Was Fierce. Une bibliothécaire, Edi Campbell, y a écrit une critique des plus détaillées. Elle écrit qu’elle a dû relire, encore et encore, certains passages pour comprendre l’argot inventé par l’auteure.

 

« Charlton-Trujillo ne fournit ni définition ni contexte pour expliquer le vocabulaire qu'elle a créé. Les lecteurs qui ont du mal à comprendre ne vont pas passer leur temps à essayer de comprendre cette langue qui n’est pas la leur. Pour qui ce livre est-il écrit ? Qui est censé le comprendre? Je ne crois pas qu’il soit destiné aux adolescents afro-américains. […] Charlton-Trujillo dit qu’elle a écrit le livre en réponse à l’affaire Trayvon Martin [une affaire qui a fait polémique aux États-Unis, concernant un jeune Afro-Américain de 17 ans non armé, tué par balle par un coordinateur de la surveillance de voisinage de la résidence où le jeune homme résidait, NdR]. Or, ici, elle définit clairement la scission de la communauté noire, qu'elle montre comme dysfonctionnelle et complètement responsable de ses propres problèmes. »

 

Selon elle, e.E. Charlton-Trujillo présente un quartier urbain afro-américain, où tout le monde a de faibles revenus, et des problèmes qui n’en finissent plus. Maisons individuelles, parents abusifs et casiers judiciaires vont de pair avec un voisinage qui ne s’entend pas. 

 

L’auteure se défend en précisant que le contexte du livre est directement inspiré de sa propre expérience en tant qu’étrangère « adoptée dans une famille de race blanche, dans une ville sud du Texas », mais aussi de son expérience de mentor lorsqu’elle travaillait avec des jeunes afro-américains et des enfants « à risque » en Amérique.

 

« Je connais ce monde, j’y ai grandi. Responsabiliser les jeunes à risque en exploitant leurs récits à travers l’écriture, puis les diffuser dans les écoles, les bibliothèques, les centres de détentions pour les mineurs, m’a montré qu’il y a un profond besoin d’un livre comme When We Was Fierce […] J’espère que les jeunes vont s’identifier à se livre, et qu’il pourra, dans une moindre mesure, améliorer leur situation ». 

 

Cependant, les critiques publiées par les médias ne sont pas si assassines. Publishers Weekly estime que le livre dépeint une « histoire américaine moderne déchirante et puissante ». Kirkus estime que le livre apporte « un regard énergique de compassion au chagrin et les choix auxquels sont confrontés ces garçons et hommes noirs ».

 

Selon un email envoyé par Tracy Miracle, la directrice des campagnes de pub et de marketing chez Candlewick Press, « après discussion entre l’auteur, son agent et Candlewick sur le contraste entre les critiques avant la publication de When We Was Fierce, comparé à la plupart des critiques publiées sur les médias sociaux et sur les blogs, nous avons décidé ensemble de prendre un temps de réflexion et nous avons reporté la publication de l’ouvrage ».