Les bibliothèques anglophones doivent investir dans le numérique

Julie Torterolo - 17.09.2015

Edition - Bibliothèques - bibliothèques publiques - Technologie - Numérique


Tandis que la bibliothèque sans livre a émergé il y a quelques années aux États-Unis, une bonne partie des établissements américains et anglo-saxons constate que leur manque d’investissements ou de communication dans le numérique amène le public à les bouder. Entre les études qui montrent un intérêt des usagers envers le numérique et des établissements qui souhaitent investir, réussir à concilier livre papier, format immatériel et progrès technologiques semble bel et bien devenir le nouvel enjeu des bibliothèques publiques.​

 

La deuxième bibliothèque sans livre, BiblioTech, au Texas

(issue duFacebook du groupe BiblioTech)

 

 

Dans une étude intitulée « bibliothèques à la croisée des chemins », l’institut américain Pew indique que la fréquentation des bibliothèques américaines a fléchi ses trois dernières années. Beaucoup d’Américains souhaiteraient en effet que les bibliothèques publiques élargissent leurs compétences notamment « aux nouvelles technologies telles que l’imprimantes 3D et fournissent des services pour aider les clients à appréhender les gadgets high-tech ». 

 

L’étude explique néanmoins que les données récoltées ne permettent pas un recul suffisant pour affirmer que le manque de technologie de la part des bibliothèques serait réellement la cause de cette situation. Selon l’institut, deux camps s’affrontent toujours : « ceux qui soutiennent l'idée que les bibliothèques doivent s'adapter à un monde où de plus en plus d'informations arrivent sous forme numérique, accessibles à tout moment et n'importe où » et ceux qui « espèrent que les bibliothèques vont garder ses fonctions premières telles que le prêt de livres imprimés ».

 

Pour le premier clan, le document révélerait d’ailleurs que 30% des 16 ans et plus interrogés pensent que les bibliothèques devraient « certainement » déplacer les collections imprimées en réserve afin de libérer plus d'espace pour les technologies, les salles de lecture, de réunion et les manifestations culturelles.

 

On les critique, on souhaite les changer, mais leur présence est tout de même indispensable pour une partie des Américains : 65% des interrogés affirment que la fermeture de leur bibliothèque publique locale pourrait avoir un impact majeur sur leur communauté. Notamment dans la recherche d'un emploi : 58% des Hispaniques expliquent que les bibliothèques leur ont été utiles dans cette démarche.

 

Un « manque d'investissement dans la technologie numérique » 

 

Du côté anglais, selon The Bookseller, qui a consulté une étude commandée par la Society of Chief Librarians (structure qui dirige et gère les bibliothèques publiques en Angleterre, Pays de Galles et d'Irlande du Nord) et menée par Bibliocommons, 20 millions £ seraient un investissement minimal dans les services numériques au cours des trois prochaines années, pour éviter un décrochage.

 

Ce rapport, intitulé « Infrastructure numérique indispensable pour les bibliothèques publiques en Angleterre », devrait être publié en octobre prochain et explique que ce sont les bibliothèques anglaises elles-mêmes qui poussent le public hors de ses murs par « leur manque d'investissements dans la technologie numérique ». Toujours selon The Bookseller, l'étude assure que les technologies ont « tout perturbé » et n'ont pas forcément été « bénéfiques pour les bibliothèques ».

 

Plus encore, le document affirmerait que « plus de 25% des visites aux bibliothèques se déroulent en ligne alors que les services numériques reçoivent moins de 1% du budget des établissements ». « Nous ne pouvons plus penser à une offre numérique comme quelque chose de facultatif ou séparée : elle doit être au centre de notre réflexion, dans le cadre de toute offre à l'avenir », a déclaré Ciara Eastell, présidente du SCL.

À noter qu’aux États-Unis, deux bibliothèques sans livres, les BiblioTech, ont ouvert leurs portes en 2013 puis 2015. Situés au Texas, ces établissements tout numériques connaissent un franc succès.