Un mystérieux cycle de 14 ans conditionne l'emploi des mots dans les livres

Cécile Mazin - 30.12.2016

Edition - Société - langage cycle mots - vocabulaire changer écrivains - livres société reflet


Les tendances littéraires varient au fil des siècles avec un cycle de 14 années. Selon des scientifiques, les mots que nous utilisons auraient en effet une durée de vie limitée à cette période. Ensuite ? Eh bien, ils passent de mode, manifestement, et tombent en désuétude. 

 

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Claude Valette, cc by nd 2.0

 

 

En remontant aux textes de 1700, plus de 4,5 millions d’ouvrages numérisés ont été détaillés, par le biais de la base de données Google Ngram Viewer. Les scientifiques ont fait tourner des scripts informatiques pour examiner les œuvres, et découverte : une variation de 5630 noms communs est observée. 

 

Selon les conclusions de l’équipe, cette manifestation linguistique aurait de réelles répercussions : non seulement elle indique la manière dont les écrivains emploient certains termes pour s’exprimer. Mais surtout, la disparition de mots affecte les sujets de conversation du quotidien.

 

Pour Marcelo Montemurro, de l’université de Manchester (Royaume-Uni), il semble difficile de croire à un phénomène aléatoire. « Si ces systèmes reflètent une certaine dynamique culturelle, j’espère qu’ils nous permettront de comprendre pourquoi nous changeons de thèmes dans nos discussions. Nous pourrions apprendre pourquoi les écrivains se lassent de certaines choses et choisissent quelque chose de nouveau. »

 

L'histoire, les habitudes et la recherche

 

Ce cycle de 14 années de termes qui entrent et sortent suit évidemment des époques, mais certains mots peuvent revenir après avoir connu un ou plusieurs cycles d’absence. Ainsi, les termes comme King, Queen et Prince sont manifestement dans un pic d’usage, ce qui signifie qu’ils pourraient prochainement disparaître. A contrario, Astronomer, Mathematician et Eclipse connaîtraient un renouveau.

 

Ce qui est plus frappant encore, c’est que cette approche se retrouve certes dans l’anglais passé en revue, mais également avec d’autres langues, comme le français, l’allemand, l’italien, le russe et l’espagnol. Et les noms communs ne sont pas les seuls concernés à travers ces idiomes : les verbes vont et viennent de la même manière.

 

Mais alors pourquoi ? Il semble que les écrivains interviennent comme des catalyseurs, reflétant des usages sociaux. Du moins suppose-t-on que ces schémas fassent écho à une certaine dynamique culturelle. Évidemment, les cycles peuvent coïncider avec des événements historiques, mais là encore, rien de systématique.

 

L’emploi de mots populaires par les gens peut aboutir à un point de saturation, entraînant une recherche d’alternatives chez les écrivains. 

 

« Il est fascinant de traquer les facteurs culturels qui pourraient expliquer cette situation, mais nous nous attendons aussi à ce que certaines fluctuations puissent découler de mouvements aléatoires. De temps à autre, un terme comme Apple va être plus employé, et sa popularité va augmenter. »

 

On peut retrouver l’étude à cette adresse.

 

De précédentes recherches montraient que l’évolution du langage s’opère de manière structurée : une sorte de génétique du langage passe notamment des parents aux enfants, comme une transmission d’ADN.

 

Juste pour l’anecdote, nous avons utilisé l’outil de Google, pour vérifier quelques termes, à travers le corpus français de livres, entre 1700 et 2000. Les résultats sont étonnants : 

 

 

via New Scientist