Un notaire jugé pour vente abusive d'un manuscrit des Mémoires d'outre-tombe

Clémence Chouvelon - 12.03.2015

Edition - Justice - Chateaubriand manuscrit - tribunal correctionnel de Paris - Mémoires d'outre-tombe


Un notaire parisien, Pascal Dufour, a tenté en 2012 de vendre aux enchères publiques une copie manuscrite des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand, la seule copie complète de l'œuvre de l'auteur. Il estimait en être le propriétaire, ce qui est loin d'être évident. Le notaire a été convoqué aujourd'hui au tribunal correctionnel de Paris et son procès a été reporté au 10 septembre.

 

 

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Chateaubriand par Gustave Doré

(Biblioteca de la Facultad de Derecho y Ciencias del Trabajo, CC BY 2.0)

 

 

Le précieux manuscrit s'est vu déposé en 1847 chez un notaire, puis transmis de génération en génération jusqu'à l'étude de Pascal Dufour. « M. Chateaubriand avait des problèmes d'argent », a expliqué lors de l'audience Yves Madre, le président de la 30e chambre correctionnelle, cité par l'AFP. L'écrivain avait ainsi cédé son œuvre à l'éditeur Delloye, en échange d'une somme d'argent. C'est dans le cadre de ce contrat que le manuscrit a été déposé chez le premier notaire, et qu'il est tombé entre les mains de Pascal Dufour, qui pensait en être le propriétaire.   

 

Le notaire parisien avait décidé en 2012 de vendre aux enchères publiques les quelque 3.514 pages reliées en 10 volumes. Programmée fin novembre 2013 à l'hôtel Drouot, la vente du manuscrit, estimé à 400.000 ou 500.000 € d'après Ouest-France, avait finalement été annulée. Le Parquet de Paris avait ouvert une enquête et Pascal Dufour avait été cité à comparaître, puis poursuivi pour abus de confiance aggravé au préjudice de la succession de Chateaubriand. 

 

L'héritier s'avère être un descendant de son frère aîné, qui n'a pas porté plainte. Le notaire est considéré comme un simple dépositaire, et non pas comme propriétaire du manuscrit. Pour élucider l'affaire, le magistrat a demandé un complément d'information sur la société Delloye, présumée avoir fait faillite au XIXe siècle. 

 

Le manuscrit est aujourd'hui gardé sous scellé à la Bibliothèque nationale de France. La BNF avait déjà acquis en 2000 une autre copie — partielle — des Mémoires d'outre-tombe