Un nouveau projet de comptoir national pour sauver la librairie indépendante

Clément Solym - 10.08.2012

Edition - Librairies - comptoir national - librairie indépendante - Dominique Mazuet


Pour « restaurer et relancer la fréquentation des librairies », Dominique Mazuet, propriétaire de la librairie parisienne Les Tropiques,  a fait parvenir au CNL et au ministère de la Culture les détails d'un comptoir national de la librairie indépendante qui permettrait à cette dernière de faire face aux délais réduits qu'ont imposés les grands acteurs de la vente à distance.

 

Librairie Française

(auteur : kiki follettosa)

 

 

Très remonté contre l'attribution des fonds publics destinés à la protection de la librairie indé à des « grosses machines » comme Decitre, Mollat, Le Divan ou Virgin, dont « la démarche contribue à détruire le métier avec la dématérialisation », le libraire entend remettre le livre « objectif », comme il aime à l'appeler, au centre du métier de libraire. Pour ce faire, et pour tourner la page de l'échec cuisant de 1001libraires, (notre actualitté) Mazuet propose un comptoir national de la librairie indépendante, sur une base de coopérative d'intérêt public, qui, selon lui, n'exigera « aucun frais supplémentaires » et permettra au lecteur de commander un livre non chez lui, mais chez son libraire.

 

Pour lui, la référence d'une mesure justifiée, bien menée et efficace est celle proposée par Jérôme Lindon, connu pour les couvertures immaculées de sa maison d'édition mais aussi pour son combat déclaré contre la Fnac lors de son arrivée sur le marché du livre. À l'époque, l'éditeur publie le livret La Fnac et les livres, qui lui vaudra un procès par l'enseigne, puis fait finalement adopter la loi sur le prix unique du livre en 81 avec l'aide du Ministre de la Culture de l'époque, Jack Lang.

 

Menace en perspective

 

D'après le libraire des Tropiques, la situation actuelle fait à nouveau peser une menace sur le réseau des librairies françaises, récemment encensé par une journaliste américaine du New York Times : aux USA, les libraires sont livrés à eux-mêmes, et même de grandes chaînes comme Borders peuvent s'effondrer. Pour Mazuet, l'augmentation de la TVA « n'a jamais menacé la librairie » : le vrai danger, « ce sont les frais de port gratuits », qui donnent un avantage injuste aux ventes Internet.

 

L'objectif est de redonner sa place d'intermédiaire à la librairie, en montant une plateforme « B to B », c'est-à-dire « business to business » : du diffuseur au libraire, puis au client, et non directement du diffuseur au client. Pour garantir à ce dernier un service compétitif face à Amazon et consorts, le projet « Demain, chez votre libraire » va s'appuyer sur le réseau préexistant des librairies indépendantes, diffuseurs et transporteurs, pour les revaloriser : le service de géolocalisation de Place des Libraires serait ainsi mis à contribution.

 

Pour le client, pas de frais de port : il paiera à la librairie le prix public, tandis que le libraire indépendant prendra en charge les coûts de fonctionnement plus élevés en réduisant ses marges. L'acheminement en 24 heures ouvrées est possible, d'après Dominique Mazuet, car les commandes se limiteraient à « 1000 à 2000 colis par jour », livrés à « moins de 1000 clients exclusivement professionnels ». Un entrepôt « qui rayonnerait sur toute la France » permettrait de disposer d'un stock-tampon et de centraliser le transport.

 

"Demain, chez votre libraire"

 

On l'aura compris, la plateforme « Demain, chez votre libraire » n'a strictement et tacitement rien à voir avec le livre numérique, qui n'est que le bourreau des libraires pour Mazuet. Délaisser totalement les nouveaux supports de lecture, et la réorganisation des cartes à laquelle ils aboutissent, comme l'autoédition, à laquelle il ne manque que l'expertise d'un libraire : la mise au point et la vente de "packs" de livre autoédités, sélectionnés par un libraire, pourrait probablement en intéresser plus d'un. (notre actualitté) Et ne pas être présent sur un marché, c'est abandonner d'autant plus celui-ci à ses concurrents.

 

En complément de ce projet, Dominique Mazuet propose de « simplifier, démocratiser et clarifier les marchés publics d'approvisionnement en livre des bibliothèques » : l'attribution de ces marchés se ferait alors selon un critère géographique, et non plus compétitif. Ce dernier critère, pour Mazuet, est caduc puisque la loi sur le prix unique du livre en limite la portée. L'approvisionnement des bibliothèques pourrait ainsi  représenter 25 ou 30 % du chiffre d'affaires des librairies indépendantes, et équilibrer leurs comptes.

 

Une plateforme comme un appel d'air

 

Enfin, la plateforme « Demain, chez votre libraire » pourrait même, d'après Mazuet, créer un « appel d'air » susceptible de générer de nouveaux emplois, et de conduire à la création de nouvelles librairies, avec le soutien des collectivités territoriales. Les lecteurs les plus démunis pour l'approvisionnement en livres via la plateforme seraient en effet la garantie d'un chiffre d'affaires minimum pour les potentiels libraires indépendants.

 

Pour porter son idée, le libraire n'est pas passé par le Syndicat de la Librairie, qui ne représente pas selon lui les intérêts des libraires indépendants, voire des libraires tout court. Il a d'ailleurs envoyé un courrier à Jean-François Colosimo, Président du CNL, mais aussi à la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti, pour faire entendre les besoins réels de la librairie indépendante, avec la menace sous-jacente de porter plainte pour « détournement de fonds publics ».




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