Un ouvrage sur la République française fait disparaître la Culture

Nicolas Gary - 05.02.2015

Edition - Les maisons - république France - ministère Culture - Fleurus jeunesse


Le 3 février 1959, le général de Gaulle confie à André Malraux le ministère d'État chargé des Affaires culturelles. Une première mondiale, et une grande première dans la Ve République. C'est en 1997 que la rue de Valois sera appelée ministère de la Culture et de la Communication. Bien entendu, la France ne pouvait pas, en regard de son histoire, balayer la dimension culturelle et Michel Debré, à l'origine de la Constitution qui instaura la Ve République, ne s'y est pas trompé. Mais les temps changent.

 

 2010-07-25

Guillaume Baviere, CC BY 2.0

 

  

Ah, la Culture... Cette petite dose de confiture dont on se plaît à agrémenter ses tartines le matin, sur une baguette, une biscotte ou une tranche dorée de brioche. La culture incarne le patrimoine de tout un chacun, l'héritage des siècles passés, qui sculptent l'identité des citoyens d'un État. 

 

« Le gouvernement a fait le choix de préserver la culture et on aimerait que l'ensemble des collectivités fasse aussi ce choix. La culture, c'est un choix politique. On a toujours le choix de donner la priorité à la culture ou de sacrifier la culture. Il faut mettre chacun en face de ses responsabilités », expliquait encore Fleur Pellerin au micro de France Inter, en décembre dernier.

 

Avant elle, Aurélie Filippetti évoquait « l'identité culturelle » de la France, soulignant que « La culture est le terreau d'une citoyenneté enthousiaste, une fierté qui n'est pas nationale, mais celle d'une terre d'accueil, d'échanges et de dialogue. » (inauguration du Forum de Chaillot en avril 2014)

 

Frédéric Mitterrand inaugurait le Forum national Culture de 2011, avec ces mots : « Mais n'y aurait-il pas l'espace pour permettre aux personnes de mieux se situer au monde, de mieux définir leur identité culturelle, pour plus de respect pour elles et plus de respect pour les autres ? Dans le monde tel qu'il est, au regard des fractures sourdes et de l'industrie du divertissement qui domine, l'offre culturelle doit porter cette ambition plus large, une ambition qui l'inscrit comme acte de mémoire et engagement éthique. »

 

Et plus encore, l'expression est aujourd'hui consacrée, « l'exception culturelle française », qui, bien que tardive, fait écho à la politique déployée par André Malraux, pour aider à la création dans le pays. La culture, indissociable de la République ? Pas pour tout le monde...

 

Marianne oublie la rue de Valois

 

Les éditions Fleurus jeunesse viennent de sortir un ouvrage, simplement nommé La République, proposé dans la collection La grande imagerie. « Il apparaît indispensable que notre jeunesse découvre et approfondisse les valeurs fondamentales de notre République : défendre la liberté, protéger l'égalité, renforcer la fraternité », souligne l'éditeur. 

 

Le livre, supervisé par Jean-Paul Albert, « Conseiller à la cour d'appel de Paris, président de cour d'assises », et Saubahe Ayadi-Takerkart se présente alors comme un « ouvrage pédagogique et attractif », pour « appréhender avec simplicité l'histoire constitutionnelle de la France, son organisation politique, le rôle des institutions ». Bon. Outre un graphisme passable et une mise en page sinon confuse, du moins assez moche, le livre contient bien les bases essentielles pour avoir un aperçu global de ce que peut être notre pays, du côté institutions.

 

Il est illustré de multiples médaillons pour accompagner les textes, plutôt simplifiés. Accessibles à un enfant d'une dizaine d'années, certainement. À un détail près. 

 

 

 

Page 12 et 13, on expose le travail des ministres et de leur patron, le Premier ministre. Un joli portrait de Manuel Valls trône bien en vue, et quelques explications sur Matignon, les relations avec le Parlement ou encore le rôle des ministères. Et puis, voilà que page 13, dix médaillons accompagnent les ministères : des billets euros pour le ministère des Finances, des drapeaux internationaux pour les Affaires étrangères, une classe pour l'Éducation nationale, ou encore des soldats au garde-à-vous et un policier pour la Défense et l'Intérieur.

 

Sauf que l'on a beau chercher, nulle trace du ministère de la Culture. 

 

Bien entendu, l'actuel gouvernement de Manuel Valls compte 16 ministères et d'autres ont été omis, comme le Numérique, celui des Outre-mer, ou encore celui de l'Écologie, de la Décentralisation ou de l'Égalité. 

 

Joint par ActuaLitté, l'éditeur nous précise que le livre est destiné à un public large : les primaires, évidemment, mais finalement même des adultes, « les institutions françaises sont généralement mal connues ». Mais comment la rue de Valois a pu se voir refuser une place ? « On nous a expliqué que cela changeait beaucoup, et que des services pouvaient être regroupés au sein d'un même ministère. La maquette présentait des difficultés, notamment pour les illustrations et l'on a préféré mettre les grands ministères. » Au point qu'au centre de la page, le ministère de la Culture n'est pas même évoqué...

 

Marianne aurait oublié André ?