Un paroissien agresse un prêtre-éditeur au gaz lacrymogène

Julien Helmlinger - 11.03.2014

Edition - Société - Orléans - Prêtre - Fondamentalisme


Orléans, ville aux 13 clochers et 120 caméras, et forte de la plus importante brigade canine de l'Hexagone, n'en est pas pour autant à l'abri de la violence. Ce mercredi 5 mars, dans l'enceinte de l'église Notre-Dame-de-Recouvrance qui sert de refuge à des catholiques fondamentalistes, un jeune intégriste a agressé un prêtre de 84 ans en l'aspergeant de gaz lacrymogène. La victime, Pierre de Givenchy, homme de dialogue à l'esprit reconnu par ses pairs de l'édition, est en outre fondateur de la fédération d'associations Vivre et l'écrire. Les éditeurs en région Centre lui témoignent leur soutien.

 

 

 Orléans et ses bords de Loire (Orléans.fr)

 

 

L'agression a eu lieu au sein de Notre-Dame-de-Recouvrance, église orléanaise où certains catholiques pointilleux, traditionalistes pour les intéressés et intégristes pour les autres, se rendent pour entendre la messe en latin. Celle-ci jouxte une ancienne chapelle reconvertie par Pierre de Givenchy en centre oecuménique et qui sert quant à elle de lieu d'échange interculturel comme interreligieuse. Son assaillant, Louis-Benoït Greffe, âgé de 22 ans, qui se revendique à la fois militant de droite centriste et journaliste indépendant, n'aurait plus supporté ces échanges culturels qu'il perçoit comme un véritable blasphème.

 

Sur le coup de 14h30, ce 5 mars, le fondamentaliste outré se serait alors rendu dans la propriété du diocèse orléanais histoire d'y faire son ménage. Cependant, le prêtre Pierre de Givenchy, responsable des lieux, avec lequel le jeune homme aurait déjà eu au moins une précédente altercation, lui aurait demandé de partir. Le journaliste indépendant, qui se définit en ces termes par opposition à une certaine presse, connue pour ses billets publiés sur certains sites, aurait alors répliqué par le gaz, et terminé en garde à vue. Là, il aura confessé les faits, en invoquant toutefois la légitime défense.

 

Le jeune homme comptait parmi les virulents soutiens politiques de Florent Montillot, lors de la campagne interne de l'UDI, l'été dernier. Ce dernier fut l'adjoint délégué à la sécurité du maire UMP Serge Grouard, un élu qui en deux mandatures aurait selon Libération fait d'Orléans son laboratoire du tout sécuritaire, « observé jusque dans les rangs du Parti socialiste ». Selon le prêtre, interrogé par Libération, son agresseur « est obnubilé par ces activités interreligieuses, confirme Pierre de Givenchy, le prêtre agressé. Il voulait nettoyer les lieux, je le lui ai interdit. Il m'a aussitôt agressé. Pour lui, je dois représenter le démon ». . 

 

Louis-Benoït Greffe, a notamment été arrêté par les forces de l'ordre au cours de la manifestation Jour de colère, le 26 janvier dernier, interpellation qu'il a lui-même qualifiée ensuite de « rafle ». Celui-ci soutient que le prêtre « embête le monde depuis au moins trois ans. Dans cette chapelle de catéchisme où l'on fume et l'on boit devant l'autel, j'ai vu une scène de théâtre où une femme déblatérait sur la vie, assise sur des water-closets. Il n'y a pas d'autres lieux pour ça ? »

 

L'heure n'est visiblement pas encore à l'absolution des fautes, du côté de Text'OCentre, l'association des éditeurs de la région Centre, qui condamne l'agression de son confrère via son blog. Contacté par ActuaLitté, son président Gilbert Trompas se souvient de sa première rencontre avec monsieur de Givenchy, de la grande famille des parfumeurs, et à qui l'on accorderait volontiers d'être en odeur de sainteté. Les deux éditeurs tenaient leurs stands, côte à côte, lors d'un Salon du livre de Paris. Monsieur Trompas ne se doutait pas qu'il s'agissait d'un homme d'Église, jusqu'au jour où il se retrouva parmi les convives d'un mariage au cours duquel officiait son pair éditeur...

 

L'édition régionale n'aurait pas voix au chapitre

 

Si les oeuvres éditoriales de Gilbert Trompas n'ont pas directement eu  à souffrir de pressions de la communauté traditionaliste orléanaise, il évoque néanmoins un « certain climat », une ville « très marquée à droite », et nous dépeint une Région Centre qui semblerait peu encline à soutenir et promouvoir ses éditeurs et auteurs locaux. « On n'existe pas, un éditeur c'est certainement de gauche, ça doit faire peur. J'ai eu des difficultés pour contacter le délégué culture de la ville, les états généraux de la culture n'invitent pas les éditeurs. Le livre n'intéresse pas nos élus. »

 

Si l'on s'attendrait a priori qu'une Région se presse à promouvoir ses acteurs impliqués dans la chaîne du livre, en revanche, le président de Text'OCentre pointe le fait que s'il existe bel et bien un budget alloué notamment à des séances de lectures publiques, leurs bénéfices échappent aux maisons d'édition et écrivains locaux. Pour la simple raison que le choix des textes reviendrait aux acteurs engagés comme lecteurs et que ces derniers n'arrêteraient pas leurs choix à des questions de régionalisme.

 

Ce à quoi Gilbert Trompas ajoute : « C'est un peu dommage, car il y a plein d'éditeurs, et des prometteurs dans la Région, mais cela n'est pas promu. On nous prend peut-être pour de simples marchands comme on vend des livres. Et c'est très dur de se défendre, de se bagarrer, dans une Région à la fois proche de Paris et sans véritable identité. »

 

Louis-Benoït Greffe, en tous les cas, devrait comparaître prochainement devant le tribunal dans le cadre d'une procédure de plaider-coupable.