Un peu de Kundera dans Nicolas Sarkozy

Clément Solym - 03.05.2012

Edition - Société - Nicolas Sarkozy - Kundera - politique


Invité ce matin chez RTL, Nicolas Sarkozy a été soumis à la question que tout président, entrant ou sortant, doit affronter avec sérénité, calme et tempérance. Imaginons donc que… votre maison prenne feu : quel livre, quel disque et quel film préserveriez-vous, monsieur le président ? Faut avouer qu'elle n'est pas banale, cette question…

  

Pour le cinéma, ce serait un film de Lubitsch, qui n'aura pas l'occasion d'apprécier cet hommage. Pour ce qui est du livre… la polémique ne sera pas loin, puisque c'est Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline que le président va élire. 

 

Le roman de 1932 qui avait raté le Goncourt, défendu avec ferveur. « Je comprends que l'on n'aime pas Céline », mais « c'est un livre qui ne ressemble à aucun autre ». « Quand je l'ai lu, j'ai été bouleversé, je n'ai même pas compris ce qui m'arrivait. » 

 

 

Et de citer quelques passages pour appuyer sa défense du roman, tout en reconnaissant que Céline « a fait des choses très mal, il a écrit des livres très médiocres. Moi, j'ai eu beaucoup de mal avec Rigodon, avec Bagatelle pour un massacre, mais Mort à crédit… c'est extraordinaire, son autobiographie », et ainsi de suite.

 

Mais tout cet exercice « est très réducteur », souligne le président qui « aime Zweig, Maupassant », des auteurs que l'on pouvait en effet retrouver sur son ancien profil Facebook - mais dont rien n'attestait pour autant qu'il les avait lus

 

« Moi je fais un métier où l'on parle beaucoup, et si je ne lis pas, si je ne vois pas beaucoup de films un jour, j'ai l'impression de me dessécher complètement. » Et surtout en campagne électorale. « Honte sur moi, je n'avais jamais lu Félicien Marceau [NdR : académicien décédé en mars dernier], c'est le Barbye d'Aurevilly du XXe siècle. Mais je voudrais que vous compreniez que toutes ces oeuvres extraordinaires, ça ressource quand on parle autant. Et on parle trop. Ca fait du bien de se ressourcer. »

 

S'ensuit une lecture de Céline et un intéressant témoignage du romancier, avant la grande question : est-il possible de dissocier le génie littéraire de l'ignominie de l'homme ? Réponse sans complexe : « L'oeuvre appartient autant à celui qui lit qu'à celui qui la fait. Et que l'oeuvre, c'est l'aspect sublime de l'artiste et de l'auteur. Que l'oeuvre doit être réussie, doit être largement au-dessus de l'auteur. C'est la raison pour laquelle moi je me reconnais dans un homme comme Kundera qui a refusé depuis 25 ans toute interview, parce qu'il dit 'Tout est dit dans mon oeuvre'. Eh bien moi je crois que tout ce qui commente l'oeuvre abaisse l'oeuvre. On peut aimer l'oeuvre et ne pas aimer l'auteur. C'est deux choses différentes. »

 

Et c'est avec le prix RTL-Lire, En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Siegle que Nicolas Sarkozy partira.

 

Dommage qu'un tel passionné de lecture et de livres ne soit jamais venu rendre visite aux éditeurs à l'occasion du Salon du livre de Paris…

 


Nicolas Sarkozy invité de "Laissez-vous tenter"... par rtl-fr