Un philosophe américain récupéré par les créationnistes

Xavier S. Thomann - 15.02.2013

Edition - Société - Thomas Nagel - Darwinisme - Créationnisme


Thomas Nagel est un philosophe respecté aux États-Unis, il est même membre de la très prestigieuse American Academy of Arts and Sciences. Il est devenu célèbre en 1974 pour son livre What is it like to be a bat (ce que c'est que d'être une chauve-souris), livre dans lequel il expliquait que la conscience ne saurait se réduire à la chimie du cerveau. Son dernier ouvrage en date, Mind and Cosmos, divise ses collègues, mais trouve un écho certain chez les créationnistes.

 

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Darwin, l'homme par qui le scandale arriva...

acme, CC BY 2.0

 

On ne sait pas pour l'instant ce qu'en pense l'intéressé, toujours est-il que la chose est relativement croustillante, tenez-vous bien, un athée récupéré par ceux qui respectent la Bible à la virgule près. Le sous-titre du livre, « Pourquoi la conception néo-darwinienne de la nature est presque certainement fausse », a dû en convaincre quelques-uns en moins de temps qu'il faut pour le pape d'annoncer sa démission. 

 

Du coup, tandis que les scientifiques et les penseurs « sérieux » démontent son bouquin par organes de presse interposés, le livre de Nagel reçoit les louanges de la presse conservatrice. Les adeptes du créationnisme se frottent les mains de voir un non-chrétien remettre en cause la toute-puissance du  darwinisme et la théorie de l'évolution (du moins, certaines de ses implications). 

 

Cela pourrait faire sourire, mais certains prennent l'affaire au sérieux, puisque cela peut être un moyen pour les fervents défenseurs d'un monde entièrement conçu par Dieu d'argumenter en disant : « vous voyez, même un philosophe connu pense comme nous... » 

 

Ce qui est bien sûr un raccourci, mais selon M. Neiter de l'université de Chicago, c'est le genre de raccourci qui pourrait contribuer à renforcer la mauvaise image de la biologie aux USA. « Son livre va servir d'argument pour endommager l'enseignement de la biologie. » 

 

D'autres sont plus nuancés, et proposent une lecture raisonnée du livre. C'est le cas d'Alva Noë de l'université de Californie, qui estime que le livre ne fait que questionner certains aspects de la doxa scientifique ambiante. 

 

Quoi qu'il en soit, il n'y a que les États-Unis pour s'exciter autant sur la question de la création de l'univers. En Europe, le débat est quasi clos depuis un bon siècle. Dommage que Christopher Hitchens ne soit plus parmi nous pour contribuer de tout sa vervre au débat: il aurait su en faire un pugilat digne de son nom. Bill Maher s'en chargera peut-être.