Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Un plagiat chez Grasset, déclinaison d'une Histoire belge

Clément Solym - 02.10.2012

Edition - Justice - plagiat - grasset - belge


Ce n'est pas une histoire belge, mais une histoire de Belges. Et plus particulièrement, l'histoire de Patrick Roegiers, accusé de plagiat pour son roman publié chez Grasset, Le bonheur des Belges. Un certain Christian Janssen, et son avocat, Me Luc Noirhomme, ont adressé un courrier aux éditions Grasset, pour leur signifier la procédure de mise en demeure : interdiction de commercialiser désormais le livre.

 

L'avocat est très clair : « À défaut de ce faire, une procédure en référé sera immédiatement envisagée pour vous contraindre, éventuellement sous astreinte, à cesser la publication. » Et cette menace tombe parce que l'auteur qu'il défend considère que le livre qu'il avait envoyé aux éditions Grasset, par deux fois, en 2009 et 2010, et refusé chaque fois, aurait été plagié par Roegiers. 

 

Pour Grasset, à l'époque, le refus avait été motivé par le fait qu'un texte traitant de la Belgique n'entrait pas dans la ligne éditoriale de la maison. Et la conclusion, à la sortie du livre de Roegiers, s'impose pour l'auteur qui se sent floué : « Grasset a préféré « demander à un Belge plus réputé que moi » - Patrick Roegiers – « de piller mon texte sans vergogne. »

 

Son ouvrage, La lignée Dorval, présenterait les idées, la réalisation et la trame, que l'on retrouve dans le livre de Roegiers. L'éditeur présente ainsi le livre du Belge incriminé : 

Voici le grand roman picaresque sur la Belgique, mené au pas de course par un héros de onze ans, sans prénom ni parents. S'y croisent en une succession d'aventures originales et inattendues Yolande Moreau, Victor Hugo à Waterloo, Jacques Brel qui chante la naissance du pays avec la Malibran. Mais aussi les Quatre fils Aymon à l'Exposition Universelle de 1958. Ou Hugo Claus, l'auteur du « Chagrin des Belges », dont cette fresque épique est le pendant joyeux. 

Echappée au tour des Flandres, tranchées de la guerre 14-18, école buissonnière en compagnie de Verlaine et de Nadar, c'est toute la Belgique du passé et du présent qui défile en une sarabande délirante.On rit, on s'amuse, on s'interroge.Tintin, Simenon, James Ensor, Marc Dutroux et le grand Bruegel sont de la partie. 

 

Et Janssen présente ainsi les similitudes entre les ouvrages : « Dans les deux, c'est un personnage qui ne meurt jamais, qui traverse l'histoire de la Belgique, de façon anachronique, qui rencontre Victor Hugo, qui assiste au théâtre à l'opéra La Muette en 1830, qui visite l'Expo 58, qui est envoyé dans les tranchées de 14-18, qui croise Léon Degrelle, etc. »

 

 

 

 

Or, ce n'est pas la première fois qu'il considère que l'on s'est inspiré de son livre, déposé à la Sabam en 2009, pour protéger ses droits. En effet, La saga belge, un texte publié aux éditions Avant-propos, l'avait déjà interrogé. Mais les frais d'avocat avaient refroidi ses ardeurs, et il avait préféré ne pas porter plainte. 

 

« C'est différent aujourd'hui. Je trouverai les sommes qu'il faut mais je porterai plainte contre Grasset parce que trop de coïncidences, trop de hasard tuent la coïncidence et le hasard. Je porte ce roman depuis vingt ans. Il a été corrigé par un historien, proposé à une vingtaine d'éditeurs, soumis à une demande (refusée) de bourse auprès de la Communauté française en 2005, dans une commission où siègent des proches d'éditeurs. Et voilà Le Bonheur des Belges qui sort aujourd'hui. On m'a volé ! Je prends donc mes dispositions afin de pouvoir obtenir le cas échéant une réparation morale et matérielle », explique-t-il au Vif/L'Express

 

Il a même établi lui-même un comparatif des éléments litigieux, mesurant les deux livres l'un à l'autre, dans un document PDF

 

Cependant, La Libre expliquait le 6 septembre dernier que l'affaire semblait perdre en volume. Si Janssen était décidé à entamer une procédure judiciaire, Roegiers, pour sa part, prenait la défense de son livre avec véhémence. « Ces accusations sont délirantes et pathétiques. Je ne connais ni ce monsieur ni ses écrits et je suis flatté de cette publicité complémentaire puisque mon livre sort aujourd'hui (mercredi, NdlR). Mon roman n'est pas un roman d'idées, mais d'émotions. Une épopée magistrale, une vaste fresque, une symphonie, un tableau de maître. Rien à voir avec ce zigoto. L'histoire de Belgique est une histoire belge grandeur nature. Là, c'est une histoire belge tout court. Un gag, un canular, une zwanze verviétoise. Verviers était connue jusqu'ici pour la laine et la tarte au riz. Elle sera désormais réputée aussi pour le ridicule d'un de ses concitoyens. »

 

Depuis, il semble bien que l'histoire ne fasse plus trop de remous...