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Un plan d'action pour faire venir le public en situation d'illettrisme en bibliothèque

Antoine Oury - 07.07.2017

Edition - Bibliothèques - illettrisme bibliothèque - illettrisme France - illettrisme lecture écriture


Le ministère de la Culture s'est félicité, il y a quelques jours, d'avoir reçu quelque 600 projets en réponse à son appel pour faciliter l'accès à la langue française et lutter contre l'illettrisme. Parmi les 160 projets sélectionnés et subventionnés par l'État, celui de l'Association des Bibliothécaires de France, qui souhaite sensibiliser la profession à la question de l'illettrisme tout en lui donnant les outils et les partenaires pour lutter contre celui-ci.

 
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(davide vizzini, CC BY 2.0)

 

En décembre 2016, l'Association des Bibliothécaires de France se dotait d'un groupe de travail sur les bibliothèques et l'illettrisme, « qui rassemble aujourd'hui 5 à 6 membres », nous explique Jean-Rémi François, directeur de la Bibliothèque départementale des Ardennes. La feuille de route du groupe s'est rapidement concrétisée avec l'organisation d'une journée d'étude sur le sujet, le 6 mars 2017 à Villetaneuse.

 

« C'est la première fois que l'ABF s'empare de la problématique de l'illettrisme, défini par l'ATD (Agir Tous pour la Dignité) Quart Monde il y a 35 ans. Nous avons quelques retours d'expérience d'établissements, notamment à Marseille ou en Bretagne, mais pas de panorama national. Nous voulons travailler sur la culture professionnelle, car les bibliothèques ont un rôle à jouer », explique Jean-Rémi François.

 

Les publics en situation d'illettrisme, scolarisés en France, ont perdu, peu à peu, l'usage de la lecture et de l'écriture. « On trouve beaucoup cette population en milieu rural : ce sont des personnes qui travaillent, parfois, et qui ont souvent plus de 50 ans. Elles ont recours à des stratégies de contournement pour éviter d'avoir à écrire ou à lire », explique Jean-Rémi François. On estime qu'environ 7 % de la population française (au-delà de 16 ans) est en situation d'illettrisme, mais les personnes concernées sont souvent difficiles à atteindre.

 

Évidemment, ces personnes ne fréquentent pas les bibliothèques, et ont tendance à rester hors de portée des bibliothécaires et de leurs actions de promotion de la lecture. Ce que l'ABF espère changer.

 

Outils et réseaux pour les professionnels

 

Le montant de la subvention accordée par le ministère de la Culture dans le cadre de son appel à projets « Action culturelle — langue française » est inconnu, mais le groupe de travail « Bibliothèques et illettrisme » de l'ABF sait déjà comment l'utiliser. Dès le mois de décembre, un numéro spécial de la revue Bibliothèque(s) sera consacré à la question, avec des retours d'expérience et des comptes rendus belges et écossais des actions possibles dans ce domaine. Des personnalités « non-bibliothécaires », comme des travailleurs sociaux ou des sociologues, rédigeront des articles au sein de la revue.

 

Dans un deuxième temps, au cours de l'année 2018, la publication d'un médiathème [la collection de l'ABF à destination des professionnels, NdR] sur le sujet permettra à tous les bibliothécaires de découvrir les moyens d'aborder et de traiter l'illettrisme à la bibliothèque.

 

En parallèle à ces actions de documentation, le groupe de l'ABF s'attachera à créer un réseau « pour relier les bibliothèques, les associations et les acteurs qui travaillent avec les publics en situation d'illettrisme. Les bibliothèques n'ont pas le monopole de la lecture publique et, pour sortir des 15 à 20 % qui fréquentent les établissements, il faut s'appuyer sur les structures existantes », explique Jean-Rémi François.

 

Outre l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme, le groupe de travail reliera les centres de ressources illettrisme, les agences régionales du livre, les centres sociaux et les différentes associations, pour coordonner une action avec les bibliothèques. « Les associations sont plutôt fragiles, et les bibliothèques peuvent apporter du durable, ne serait-ce que des murs pour accueillir les publics », souligne Jean-Rémi François. « Les collègues savent très bien accueillir, mais il est possible de se professionnaliser encore pour favoriser l'appréhension de ce public. »

 

Cette action s'étendra aussi à la prévention de l'illettrisme auprès de publics jeunes, issus de populations culturellement ou socialement éloignées de la lecture et des lieux qui en font la promotion. Là aussi, la valorisation des actions, comme « Des livres à soi » et la mise en place du partenariat, devrait permettre d'intégrer les bibliothèques aux actions de proximité.

 

Le plan d'action du groupe de travail mettra aussi en avant des outils existants à la disposition des bibliothèques, comme les Contrats Territoires Lecture, l'opération Premières pages et le soutien de la délégation générale à la langue française et aux langues de France.


160 projets retenus pour réduire les inégalités face à la langue française

 

Toutes ces actions, qui ont aussi pour objectif de faciliter la formation des bibliothécaires pour lutter contre les situations d'illettrisme, seront mises en place à partir de 2018.