Un poème contemporain de la signature de la Magna Carta

Julien Helmlinger - 28.11.2014

Edition - International - Magna Carta - Moyen Age - Poème


Un poème médiéval méconnu, vieux de quelque 800 ans, rédigé par des moines de la frontière qui séparait alors les royaumes d'Angleterre et d'Écosse, a été dévoilé ce jeudi. L'œuvre a été redécouverte par le personnel de la British Library, qui estime qu'il s'agit du premier compte-rendu indépendant concernant un grand moment historique : la signature de la Magna Carta par le roi Jean, l'héritier de Richard Coeur de Lion, sous la contrainte des barons frondeurs. Grand moment symbolique, car le souverain ne fit que peu de cas de ses promesses.

 

Melrose Chronicle

 

 

En 2015, la Magna Carta, ou Grande Charte, aura 800 ans, un programme de commémorations a donc été mis en place outre-Manche. Il en resterait quatre exemplaires originaux, dont deux hébergés au sein de la British Library. Tandis que l'influence de cet accord féodal demeure aujourd'hui, notamment dans la littérature, ou encore dans les Constitutions actuelles du Royaume-Uni comme des États-Unis.

 

Pour faire simple, le règne (1199-1216) du roi Jean, célèbre notamment pour servir d'ennemi de fiction à Robin des Bois, était marqué par les guerres. D'un côté Richard avait contribué aux efforts de croisades en Orient, les Écossais revendiquaient des terres au nord du pays, quand les couronnes de France et d'Angleterre se disputaient des terres comme l'Aquitaine où encore la Normandie.

 

Les relations d'alors, entre Jean et le pape Innocent III étaient mitigées, en fonction des intérêts du moment. Des disputes entre les deux leaders, pour des questions d'investiture des princes du spirituel, avaient conduit à l'excommunication temporaire du roi d'Angleterre...

 

Cette situation diplomatique et ses répercussions financières touchaient le peuple et les vassaux, qui se voyaient durement taxés par leur souverain de la belliqueuse maison Plantagenêt. Aux conflits cités plus haut allaient encore s'ajouter les révoltes des barons contrariés. Si bien qu'en juin 1215, le roi Jean s'est vu contraint d'apposer son sceau au fameux document, par les vassaux rebelles.

 

La Magna Carta, considérée comme l'acte de naissance des droits civils dans le Royaume d'Angleterre, devait garantir aux sujets un certain droit à la justice ainsi qu'un contrôle juridique sur les décisions du souverain, auquel on rappelait ainsi qu'il n'était pas au-dessus des lois. Un peu plus tard, des moines écrivirent leur propre compte-rendu de l'évènement dans la Melrose Chronicle.

 

Témoignage du poème

 

D'après le poème des moines, en latin, dévoilé par la British Library : « Un nouvel ordre des choses a débuté en Angleterre, comme une affaire étrange jamais entendue, à propos de corps qui souhaiterait gouverner sa tête, et le peuple qui voudrait être maître au-dessus du roi. [...] Le roi, il est vrai, a perverti les excellentes institutions du royaume, a mal géré la loi et les coutumes, et mal gouverné ses sujets. »

 

La tirade contre la légendaire tyrannie du roi Jean se poursuit : « Son inclinaison est devenue son droit, il opprimé ses propres sujets, a placé au-dessus d'eux des mercenaires étrangers, et il a mis à mort ses héritiers légitimes, dont il avait obtenu la possession en tant qu'otages, tandis que des étrangers saisissèrent leurs terres. » 

 

Pour Julian Harrison, commissaire de la British Library en charge des manuscrits médiévaux, il s'agirait, jusqu'à preuve du contraire, de la mention la plus ancienne quant à ce moment historique. Alors que l'on ne possède pas de documents officiels détaillant les circonstances dans lesquelles la charte a été signée avec les barons, le bibliothécaire estime que l'auteur du poème devait être présent lors des négociations, ou avoir entendu un témoin. Car le texte ne manquerait pas de détails.

 

Quoi qu'il en soit de la véritable histoire, le précieux document sera probablement placé en bonne place dans le programme des commémorations à venir l'an prochain.