Un poème inédit de Neil Gaiman pour les réfugiés, avec 1000 tweets

Antoine Oury - 11.12.2019

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L'écrivain britannique Neil Gaiman, ambassadeur de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, s'est lancé un défi de taille : signer un poème « pour les réfugiés », qui attirerait l'attention sur leur situation et la nécessité de leur porter secours. Une tâche « ridiculement difficile » pour l'auteur d'American Gods, qui s'est appuyé sur un millier de messages postés sur Twitter pour composer son texte.

Neil Gaiman @ SXSW 2019
(nrkbeta, CC BY-SA 2.0)


Un appel à l'aide pour les réfugiés du Moyen-Orient : il y a urgence pour des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, jetés sur les routes, hors de leurs foyers, par les guerres, la situation politique, des discriminations ou les conditions climatiques. Le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, appelle une fois de plus chacun à agir, avec ses propres moyens, pour soutenir leur accueil, d'autant plus en cette période hivernale.

L'ambassadeur de l'agence, Neil Gaiman, a été appelé en renfort : charge à lui d'écrire un poème, en vers libres, pour sensibiliser les uns et apporter un peu de chaleur aux autres. Il y a quelques semaines, l'auteur avait publié un message sur Twitter, avec cette question : « Qu'est-ce qui vous fait le plus chaud au cœur ? » Chacun était invité à répondre, avec le hashtag #KnitForRefugees, correspondant à l'opération.

Environ un millier de réponses plus tard, Gaiman s'est retrouvé avec un document de 25.000 mots, qui lui a servi de canevas pour tisser son propre poème. Les réponses allaient du « ronronnement du chat » à « l'odeur de la laine mouillée sur les radiateurs de l'école » en passant par « la cuisine de grand-mère, au cœur du Saint-Pétersbourg embrumé »...

Pour Neil Gaiman, cette base pour un poème est vite devenue « comme de tenter de terminer les mots croisés les plus difficiles du monde ». Il y est pourtant parvenu, et l'œuvre sera tricotée le long d'une écharpe de trois mètres de long, qui devrait attirer un peu plus l'attention sur les enjeux de la campagne.
 


« Nous faisons face à plus de réfugiés et de personnes déplacées qu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et nous avons besoin de fonds. Le plus difficile, c'est que la situation ne s'arrange pas. Il leur faut des couvertures, des vêtements chauds, des doublures thermiques », explique-t-il. Des dons peuvent être effectués à cette adresse.

Et quand Neil Himslef interpelle notre compte pour un chaud remerciement, on se dit que chacun, à sa mesure, a vraiment pu apporter à l’écrivain une source d’inspiration.
 


Alors, l'idée de partager ce poème, dans une modeste traduction, dont vous pardonnerez les imperfections, s'est présentée. 

Voici le texte de Gaiman, en version originale :
 

What You Need to be Warm par Neil Gaiman


A baked potato of a winter’s night to wrap your hands around or burn your mouth.
A blanket knitted by your mother’s cunning fingers. Or your grandmother’s.
A smile, a touch, trust, as you walk in from the snow
or return to it, the tips of your ears pricked pink and frozen.
The tink tink tink of iron radiators waking in an old house.
To surface from dreams in a bed, burrowed beneath blankets and comforters,
the change of state from cold to warm is all that matters, and you think
just one more minute snuggled here before you face the chill. Just one.

Places we slept as children: they warm us in the memory.
We travel to an inside from the outside. To the orange flames of the fireplace
or the wood burning in the stove. Breath-ice on the inside of windows,
to be scratched off with a fingernail, melted with a whole hand.
Frost on the ground that stays in the shadows, waiting for us.
Wear a scarf. Wear a coat. Wear a sweater. Wear socks. Wear thick gloves.
An infant as she sleeps between us. A tumble of dogs,
a kindle of cats and kittens. Come inside. You’re safe now.
A kettle boiling at the stove. Your family or friends are there. They smile.
Cocoa or chocolate, tea or coffee, soup or toddy, what you know you need.
A heat exchange, they give it to you, you take the mug
and start to thaw. While outside, for some of us, the journey began
as we walked away from our grandparents’ houses
away from the places we knew as children: changes of state and state and state,
to stumble across a stony desert, or to brave the deep waters,
while food and friends, home, a bed, even a blanket become just memories.
Sometimes it only takes a stranger, in a dark place,
to hold out a badly knitted scarf, to offer a kind word, to say
we have the right to be here, to make us warm in the coldest season.
You have the right to be here.


Une traduction française réalisée par nos soins :
 

Ce qu'il faut pour te réchauffer par Neil Gaiman


Une pomme de terre rôtie une nuit d'hiver pour l’entourer de tes mains ou te brûler la langue.
Une couverture tricotée par les doigts avisés de ta mère. Ou de ta grand-mère.
Un sourire, un geste, aie confiance, alors que tu t’extrais de la neige
ou que tu y repars, le bout de tes oreilles rougi et gelé.
Le tink tink tink des radiateurs en fonte qui se réveillent dans une vieille maison.
Pour émerger des rêves dans un lit, enfoui sous des couvertures et des couettes,
passer du froid à la chaleur est tout ce qui compte, et tu penses
juste une minute de plus blotti ici avant d’affronter le froid. Juste une.

Les lieux où nous dormions enfants : leur souvenir nous réchauffe.
Nous voyageons d’un dehors vers un dedans. Vers les flammes oranges de la cheminée
ou le bois qui brûle dans le poêle. La glace à l'intérieur des fenêtres,
que l’on gratte d’un ongle, qui fond sous la main.
Le givre sur le sol caché dans l'ombre, qui nous attend.
Porter une écharpe. Porter un manteau. Porter un pull. Porter des chaussettes. Porter des gants épais.
Un bébé endormi entre nous. Des chiens qui se chamaillent,
Une portée de chats et de chatons. Entre. Tu es en sécurité maintenant.
Une bouilloire bouillante sur la cuisinière. Ta famille ou tes amis sont là. Ils sourient.
Cacao ou chocolat, thé ou café, soupe ou grog, ce dont tu as besoin.
Un échange chaleureux, ils te le donnent, tu prends la tasse
et commences à te réchauffer. Pendant que dehors, pour certains d'entre nous, le voyage a commencé
alors que nous nous éloignions des maisons de nos grands-parents
loin des lieux que nous connaissions enfants : passer d'état en état en état,
pour parvenir à un désert de pierres, ou braver les eaux profondes,
tandis que nourriture et amis, maison, lit, une couverture même ne deviennent que des souvenirs.
Parfois, il suffit d’un étranger, dans un endroit sombre,
Pour tendre une écharpe mal tricotée, pour offrir un mot gentil, pour dire que
nous avons le droit d'être ici, pour nous réchauffer pendant la saison la plus froide.
Tu as le droit d'être ici.

via The Guardian


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