Un prix unique du livre dès 2018 : la Belgique sonne la fin de la tabelle

Nicolas Gary - 19.10.2017

Edition - Economie - prix unique livre - prix unique belgique - tabelle livre belgique


Le Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles vient d’adopter à la majorité le texte de loi visant à encadrer le prix de vente des livres en Belgique. Alors que cette assemblée a appris qu’elle ferait désormais sa rentrée plus tôt, pour sembler plus dynamique, l’adoption marque une avancée supplémentaire dans les processus. Loin d’être encore achevé...

 

Bruxelles - la bande dessinée
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Suivant l’avis favorable émis par la Commission culture en début de mois, qui avait adopté le projet de décret sur le prix unique du livre, le Parlement s’inscrit dans la continuité de l’action. Lors de la séance plénière du 18 octobre, le projet « relatif à la protection culturelle du livre » a donc été unanimement adopté.

 

Les livres, qu’ils soient numériques ou papier, publiés en France, seront désormais vendus au même prix outre-Quiévrain – une décision qui mettra un terme, progressivement, à la fameuse tabelle.


C’est à l’occasion de la vente de la société de diffusion/distribution Volumen par le groupe La Martinière/Seuil à Editis /Interforum, que cet enjeu sociétal était revenu au triple galop. La tabelle désigne en effet cette augmentation du prix de vente, maladroitement justifiée par les sociétés françaises de distribution, implantées en Belgique : le prix de vente français était ainsi majoré sans réelle justification, parfois jusqu'à 17%.
 

Vente de Volumen : pour les libraires de Belgique,
c’est Caïn et tabelle
 

 

Les libraires, inquiets qu’une partie des ouvrages distribués par la société Volumen puissent être surfacturés, avaient tiré la sonnette d’alarme. Par un étrange concours de circonstances, le sujet qui depuis des dizaines d’années était en négociation avait alors capté toute l’attention du ministère de la Culture belge. Et depuis avril 2015, le travail législatif s’est mis en place, jusqu’à cette adoption par le Parlement.
 

« La tabellisation sert à financer les coûts de diffusion et distribution en Belgique : le groupe Editis a choisi de disposer d’une antenne, avec une équipe commerciale », avait expliqué Anne Lemaire, directrice commerciale d’Interforum Benelux, la filiale belge du groupe français. 

 

« Comment Hachette et Interforum “rançonnent”
les librairies de Belgique »
 

 

Mais rapidement, Editis avait fini par se montrer plus compréhensif et s’était résigné à ce que cette évolution législative s’opère. En revanche, Dilibel, filiale de distribution en Belgique du groupe Hachette, n’avait pas montré autant d’écoute – et à l’époque, n’avait pas non plus souhaité faire de commentaires.
 

 

"Un moment fondateur"


Alda Greoli, vice-présidente des gouvernements de Wallonie et ministre de la Culture, ne cache pas sa satisfaction :

 


 

« C’est un moment fondateur que l’adoption du décret relatif à la protection culturelle du livre, une manifestation concrète de ce qu’est l’exception culturelle. Un tel projet était attendu depuis 35 ans. Le livre, c’est la manifestation la plus concrète de la culture. Le livre est aussi souvent la première rencontre de l’enfant avec la matérialisation de sa culture. Le prix unique du livre jouera en faveur du maintien d’un nombre élevé et varié de points de vente et d’une offre qualitative et diversifiée », assure-t-elle. 

 

À compter du 1er janvier prochain, les libraires belges disposeront alors d’une nouvelle grille tarifaire et de modèle de ristournes encadrées – 5 % pour le grand public, 15 % pour les établissements scolaires et bibliothèques et 25 % pour les achats de manuels scolaires. 

 

Durant une période de 24 mois, le livre sera vendu à prix fixe – une durée limitée à 12 mois pour la bande dessinée. Mais la tabelle ne sera pour autant pas éliminée sur le champ. De fait, quatre périodes transitoires se profilent, au terme desquelles ce prix unique sera définitivement instauré.

 

  • Du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018 : possibilité d’appliquer la « tabelle » librement.
  • Du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019 : une « tabelle » de maximum 8 % du prix de vente du livre pourra être appliquée.
  • Du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020 : une « tabelle » de maximum 4 % du prix de vente du livre pourra être appliquée.
  • À partir du 1er janvier 2021 : plus de « tabelle ».

 

Pour autant, la prochaine étape est d’envergure, pour le décret belge : il faudra en effet trouver un accord dans le courant de l’année 2018 avec la communauté flamande ainsi que l’État fédéral. 

 

Et la ministre de conclure : « « De nombreux pays européens dont nos voisins directs, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, ont légiféré sur le « prix du livre ». Tous les exemples étrangers démontrent qu’une protection culturelle du livre permet une distribution et une création de meilleure qualité. À l’inverse, les pays qui ne pratiquent pas de régulation ou qui l’ont abandonnée se trouvent confrontés à des phénomènes de concentration de distribution et de création préjudiciables à la diversité culturelle. »

 

Avec un chiffre d’affaires de près de 245 millions €, le marché du livre en Belgique devrait ainsi connaître de grands changements.