Un réfugié syrien ouvre la première librairie arabophone d'Istanbul

Orianne Vialo - 21.06.2016

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Faisant à la fois office de café et de librairie, le Pages Bookstore Cafe a ouvert ses portes il y a maintenant un an, dans le plus vieux quartier historique de Fatih, situé à Istanbul (Turquie), près des plus importants monuments historiques de la ville. Avec plus de 3.000 titres au compteur, l’établissement est la toute première librairie arabophone de la capitale tournée vers les publics turcs et syriens. Même si la grande majorité des ouvrages sont rédigés en arabe, il existe néanmoins une sélection de livres anglophones, francophones et turcophones. À la tête de ce concept, Samir el-Kadri, le fondateur de la maison Bright Fingers (littérature jeunesse), qui est lui aussi un réfugié syrien. 

 

Intérieur de la librairie Pages Bookstore Cafe (photo issue de la page Facebook de la librairie)

 

 

Politique, histoire, poésie, romans, cuisine, livres jeunesse… tous les genres ou presque sont représentés dans cette bibliothèque qui sort quelque peu de l’ordinaire. Ici, il est tout à faire possible d’acheter, d’emprunter, ou même de dévorer des livres dans le café de la librairie. En plus de proposer aux amateurs de livres de lire leur livre sur place ou de repartir avec de nouveaux ouvrages sous les bras, Pages Bookstore Café organise divers événements (activités, workshop) tout au long de la semaine.

 

Les lundis et vendredis sont consacrés à la projection de films dès 18 h, le musicien Osama Badawi joue de l’oud pour les lecteurs. Tous les jeudis, les chanteurs en herbe sont invités à prendre possession du micro. Le samedi, c’est jour de concert avec l’artiste Mohammed Sawyer, et deux musiciens qui joueront de l’oud et du qanoun. Le dimanche est quant à lui réservé aux enfants, puisqu’un atelier gratuit est organisé à leur honneur à compter de midi (sur réservation). 

 

Le but : proposer un espace culturel où le public est invité à venir participer aux diverses activités mises à disposition des usagers syriens, irakiens, libyens ou encore yéménites qui ont fui les guerres menaçant leurs pays d’origine. Mais pourquoi s’engager sur un tel terrain ? Tout simplement parce que Samir el-Kadri a lui-même pris conscience que les structures adaptées aux publics arabophones viennent à manquer, notamment face à l’arrivée toujours plus massive des migrants syriens dans le pays. (via The New York Times)

 

Aujourd’hui, ils seraient 2,2 millions en Turquie, dont 350.000 à Istanbul. Il souhaitait aussi, avant tout, que tous les Syriens ayant été contraints de quitter leur pays puissent se sentir comme chez eux, « à la maison ». Pour 20 livres turques par mois (environ 6 €), les usagers peuvent emprunter autant de livres qu’ils le souhaitent. (via Book Riot)

 

Quitter le pays, mais ne pas oublier ses racines pour autant

 

Samir el-Kadri avait lui-même dû quitter le pays deux fois. La première, c’était en 1982, lorsqu’il a dû fuir sa ville natale de Hama, lorsque les Frères musulmans, les nationalistes arabes du Baath irakien, la gauche syrienne et l’armée Syrienne de Hafez el-Assad s’y sont violemment affrontés. Après revenu étudier les beaux-arts à Damas et avoir obtenu son diplôme, il a créé sa propre maison d’édition, Bright Fingers.

 

Cependant, en 2012, il a été de nouveau contraint à quitter encore une fois le pays. Les forces de renseignement appartenant au régime syrien sont venues le chercher, alors qu’il se trouvait dans les locaux de sa maison d’édition, pour condamner son franc-parler quant à la politique de répression appliquée par Bachar al-Assad. 

 

Avec sa femme, il est alors allé d’abord à Amman, en Jordanie, avant d’arriver à Istanbul un an plus tard. Depuis, ils tentent, conjointement avec des artistes locaux, d’organiser des activités visant à mettre l’accent sur les livres et les œuvres d’art, grâce à l’organisation d’expositions, comme une forme de thérapie. « Nous ne sommes pas uniquement des gens qui ont survécu », déclarait avec aplomb la femme de Samir el-Kadri, Hajo, au World Post. « Cette librairie aidera les Syriens à garder leur identité », affirme-t-elle.