Un roman de 'réalité augmentée' attaqué en diffamation par DSK

Julien Helmlinger - 16.01.2014

Edition - Justice - Justice - DSK - Régis Jauffret


Comme le rapporte l'AFP, Dominique Strauss-Kahn compte lancer des poursuites judiciaires à l'encontre de l'écrivain Régis Jauffret, auteur d'un roman paru ce jeudi, et dont le contenu propose sa propre version du scandale du Sofitel. L'ancien patron du Fonds monétaire international invoque un cas de diffamation, selon son avocat Jean Veil, qui précise que les éditions du Seuil ainsi que France Inter seront également ciblés, respectivement pour avoir publié l'ouvrage et avoir prêté son medium à la promotion du romancier.

 

 

 CC by 2.0 par Abode of Chaos

 


Dans La ballade de Rikers Island, l'auteur dépasse la simple information sur un fait divers en imaginant tout ce qui aurait pu traverser l'esprit de ses protagonistes. Le narrateur, un enquêteur cherchant à démêler la vérité qui se cache derrière la sombre affaire, se met tour à tour à la place des uns et des autres. La critique lui prête une écriture corrosive et un humour désabusé qui permettent à Jauffret de tirer sur tout ce qui bouge, et notamment le machisme qui vise les femmes dans notre soicété. L'écrivain a notamment confié : « Le roman, c'est la réalité augmentée. » 

 

Tandis que la justice américaine a abandonné les charges de viol portées par la femme de chambre de l'hôtel, Nafissatou Diallo, le livre retournerait néanmoins le couteau dans la plaie aux yeux de DSK. Arrêté à New York le 14 mai 2011, l'affaire avait ruiné ses chances de se présenter aux présidentielles 2012, avant l'abandon des poursuites le 23 août 2011, la crédibilité de la plaignante ayant été mise en doute. L'accusé s'était néanmoins acquitté d'un arrangement financier resté secret, et d'un divorce avec Anne Sinclair. 

 

Selon les termes de son avocat : « M. Dominique Strauss-Kahn conteste formellement les déclarations diffamatoires de M. Régis Jauffret contenues dans son dernier livre ainsi que celles tenues ce matin à la radio dans le cadre de sa promotion. » Le juriste ajoute que l'auteur du livre se serait basé sur des conversations inventées en livrant son histoire, « sous prétexte d'une pseudo enquête romancée », et contredisant les conclusions rendues définitives à l'issue de la procédure judiciaire américaine.

 

Un nom devenu tabou ? 

 

Dans le roman pointé, Regis Jauffret, qui a notamment traité par le passé de l'affaire du banquier Stern et celle de la séquestration d'une Autrichienne par son paternel, a finalement choisi de ne pas nommer l'ancien ministre socialiste en s'intéressant à ce nouveau cas épineux. Sur France Inter, il a néanmoins expliqué « ne pas avoir pensé du tout aux avocats » dans le cadre de cette décision.

 

Evidemment l'auteur prend parti dans le traîtement de cette enquête fictive, et ce, contre l'ancien numéro 1 du FMI. Il le fait en donnant l'impression d'apporter de la profondeur au fait divers, mais sans toutefois que l'on puisse véritablement démêler le vrai de l'imaginaire. Une absence de barrière clairement définie entre réalité et fiction qui aura sans doute causé l'irritation du principal intéressé.

 

Le nom de la femme de chambre reste le même dans le récit, alors pourquoi pas celui du politique ? Tandis qu'il expliquait aux Inrocks que selon lui « écrire 'DSK', aujourd'hui, c'est vulgaire », Régis Jauffret s'est justifié auprès de France Info en soutenant : «  Ca n'est pas venu. J'ai essayé de l'appeler DSK, Dominique, Dominique Strauss-Kahn [...], cela ne fonctionnait pas. »

Affaire à suivre...