Un romancier partage son livre sur Facebook, avec ses lecteurs

Nicolas Gary - 03.03.2015

Edition - International - Massimo Polidoro - écrivain italien - Facebook réseau lecteurs


Massimo Polidoro est un romancier italien. Décidé à s'engager dans la collaboration avec les lecteurs que favorise internet, il a monté une grande opération, déclinée en plusieurs phases. Aujourd'hui, l'éditeur Piemme publie son thriller, Il passato è una bestia feroce, Le passé est une bête féroce. Un roman qui a bénéficié d'une campagne de communication en ligne plutôt inédite.

 

 

 

 

Voilà quelque mois, Massimo a lancé la perche : demander aux lecteurs de son site, par un sondage, de trouver le titre de son prochain livre. « Puis, dans une seconde enquête, d'identifier la couverture qui serait la plus attrayante. Et puis, fin janvier, je leur ai proposé de faire partie d'une équipe de 100 lecteurs, qui ont lu un extrait de mon roman, et en ont discuté avec moi dans un groupe fermé sur Facebook. Ils m'ont alors aidé à développer des initiatives pour promouvoir le lancement. » Plus de 320 personnes ont répondu présentes, mais finalement, seules 100 y ont pris part.

 

Les lecteurs engagés ont alors pu découvrir le livre en avant-première, et se sont impliqués dans ce groupe, chaque jour un peu plus. En contrepartie, il leur a été demandé de faire paraître une chronique, une fois le livre publié. « Je ne m'attendais pas à cette créativité ni à cet enthousiasme », explique-t-il. C'est que les lecteurs se sont démenés : chroniques, bannière publicitaire, photos sur Pinterest, et ainsi de suite. « Avant la sortie, ce 3 mars, plus de 50 articles sont sortis sur le livre, et l'information a été amplement partagée sur Twitter. »

 

Au point qu'en plus des messages sur les réseaux, voient alors le jour des books-trailers, réalisés par des lecteurs, et des amateurs. 

 

 

 

 

 

 

Avec 60.000 nouveaux livres sur le marché italien, Massimo est conscient des difficultés. Il passato è una bestia feroce est son 41e ouvrage, mais son premier thriller. « Je ne voulais pas qu'il soit noyé dans cette mer de papier, mais qu'il puisse avoir une chance de se faire remarquer. L'idée de monter cette équipe semblait être une belle façon de construire un espoir qui, pour une fois, partait des lecteurs. »

 

En laissant toute latitude aux lecteurs, Massimo a découvert des profils très différents. « Ce fut une belle gymnastique intellectuelle pour tous ceux qui ont participé, mais également pour moi. »

 

L'idée avait été approchée par Édouard Brasey, en France, qui s'était appuyé sur le principe de crowdsourcing, pour son ouvrage Anonymous. Mais en Italie, Massimo fait figure d'innovateur. « Après tant d'années, j'ai une bonne base de lecteurs, et j'ai pensé que cela pourrait être un bon point de départ pour construire un autre lancement. Peut-être que je me trompe, mais je suis le premier auteur qui implique ses lecteurs pour la sortie d'un thriller. »

 

 

 

 

Le livre n'a d'ailleurs pas de connexion particulière avec les réseaux sociaux ni internet. Massimo nous le présente comme un pur thriller. « Même si je peux sembler prétentieux, je tiens à dire que le livre que j'ai écrit, à mon avis, est d'un bon niveau : je n'aurais pas pris la peine d'organiser cette initiative si je l'avais considéré comme un livre médiocre. » Et puis, évoquant David Ogilvy, l'un des pères de la publicité moderne, il souligne : « Si vous avez un mauvais produit, une grande campagne de communication ne le fera que couler plus vite. »

 

L'éditeur, Piemme, a bien entendu été agréablement surpris de cette initiative. « Ils m'ont assuré qu'ils n'avaient jamais vu un auteur qui se soit retrouvé avec un plan de lancement articulé et détaillé comme celui que j'ai présenté. Et pour ma part, je suis heureux d'avoir trouvé des gens dans ma maison d'édition qui se sont laissés prendre au jeu, et qui donnent tant pour le succès du livre. »

 

Le livre, pour sa part, raconte la disparition d'une jeune fille, voilà 33 ans, qui laisse une lettre, le soir même de sa disparition. Bruno Jordan, journaliste en proie à la crise de la quarantaine, décide de reprendre le fil de cette enquête, en partant de cette lettre.